CONTEXT#1 - Tiny Archibald, le Roi des Micros Meneurs
CONTEXT, c'est un nouveau format qui laisse libre cours à toutes les digressions que peuvent inspirer les joueurs de l'ère du Run And Gun. Pour ce premier épisode, on s'intéresse au cas de la légende des Kings : Tiny Archibald.
Le dernier Phénomène du Run And Gun
Ceux qui suivent la série RUN AND GUN depuis le début le savent, les statistiques des joueurs de la période sont malicieuses. Les conditions de jeu permettent des moyennes hors normes et biaisent le regard que l'on porte sur elles. Comme pour Wilt Chamberlain et tant d'autres, Tiny Archibald profite d'un contexte particulier. Cependant, il ne participe pas à autant de possessions que ses précurseurs.
En 1973, il signe une saison mythique durant laquelle il devient le meilleur marqueur et passeur de la NBA. Il devient ainsi le premier joueur de l'histoire à réussir pareil exploit. Mais son équipe ne joue "que" 107 possessions par rencontre. Cela peut paraître énorme aujourd'hui, mais ce n'est pas si exceptionnel. Par exemple, le Miami Heat affiche un Pace de 103,4 en 2026. Le rythme de jeu des Kings '73 est symptomatique d'une ère du Run And Gun qui s'essouffle et vit ses dernières heures.
Toutefois, les statistiques de Tiny Archibald doivent être nuancées. Car bien que son équipe n'affiche pas un Pace surhumain, on ne peut pas en dire autant de son temps de jeu. Les Kansas City Kings sont calamiteux et la direction du club n'a pas d'autre solution que de donner les pleins pouvoirs à Archibald. Son coach, Bob Cousy, n'y va pas de main morte. Il a connu l'époque de Bill Russell et Wilt Chamberlain, c'est sans aucun remords qu'il utilise son meneur à outrance.
Tiny passe 46 minutes sur le parquet chaque soir. Si cela peut sembler normal pour l'époque, il ne faut pas oublier que la NBA est en train de changer. D'ailleurs, Archibald est le dernier joueur de l'histoire à afficher une moyenne de plus de 45 minutes sur une saison complète. Il est alors peu surprenant de voir qu'il se blesse au tendon d'Achille dès le début de la saison suivante. Ceci est une première alerte pour celui qui a connu une carrière partiellement gâchée par les blessures.
Avec 46 minutes par match dans une équipe au Pace de 107, Tiny Archibald participe à environ 103 possessions par rencontre. C'est loin des 130 auxquelles participe Wilt Chamberlain en 1962, mais c'est bien plus que ce à quoi peuvent prétendre les générations suivantes. C'est pour cela qu' il est préférable d'aligner ses statistiques sur 75 possessions, l'équivalent de 36 minutes de jeu lors d'une rencontre qui en compterait 100.
Cet ajustement peut nous permettre plusieurs observations. Déjà, il relativise la performance et la rend comparable. Puis, cela permet de voir s'il est vraiment le meilleur scoreur et passeur de la saison '73. Ceux qui ont lu l'article dédié à Elvin Hayes le savent, être le meilleur marqueur de la saison en chiffres bruts ne veut rien dire, et une réputation peut se construire sur des bases douteuses. Alors Tiny est-il vraiment le phénomène de cette saison 1972/73 ?

Tiny is for Real
Commençons avec le scoring : Tiny est-il vraiment le meilleur marqueur de cette saison 1972/73 ? La concurrence est rude avec Kareem Abdul-Jabbar, Spencer Haywood, Lou Hudson ou encore Pete Maravich. Aligner les stats sur 75 possessions peut créer des surprises. En fonction des temps de jeu et du rythme des équipes, on peut voir apparaître des écarts impossibles à distinguer avec des moyennes brutes, mais ce n'est pas le cas ici. Il reste le leader de NBA même après alignement devant Kareem Abdul-Jabbar qui inscrit 23,5 points sur 75 possessions.
Marquer des points c'est bien, mais le faire en étant efficace c'est mieux. Kareem Abdul-Jabbar est le plus efficient avec 1,16 points/tirs tentés. Rien de plus normal pour cet échassier de 2,18 m qui maîtrise l'art du bras roulé comme personne. Son dauphin parmi les meilleurs scoreurs de NBA n'est autre que Tiny. Bien qu'il fasse 40 centimètres de moins que le pivot des Milwaukee Bucks, Archibald est d'une redoutable efficacité.
Avec 49% de réussite aux tirs et un TS+ de 111, il fait partie de l'élite de la ligue. Il est difficile de pousser l'analyse du comment et du pourquoi d'une telle réussite. Le manque de données et d'images rend la tâche compliquée. Mais ce qui revient continuellement dans la presse de l'époque est sa capacité à fendre les défenses en deux. Son jeu en pénétration est létal et cela lui permet d'afficher une adresse folle pour un joueur de sa taille. On peut ajouter à sa panoplie un tir à mi-distance très fiable et sous-estimé. Tout cela permet à Tiny de se forger une réputation de superstar qui le hisse au même rang que Jerry West et Oscar Robertson.

Mais pour soutenir la comparaison avec le Big O, il faut également être un passeur de génie. Heureusement pour lui, c'est le cas. Avec 11 passes décisives distillées chaque soir, Tiny est le passeur le plus prolifique de la NBA. Même après ajustement, sa domination reste intacte. Si on décide de regarder les stats avancées, avec un Assist Rate de 38,9%, Tiny reste le leader de la catégorie. On est loin des moyennes de John Stockton, Steve Nash ou Russell Westbrook mais c'est en réalité une des plus grosses performances de son époque, Guy Rodgers étant le seul guard à réussir à dépasser la barre des 40%, lors de l'ère du Run And Gun.
Contrairement à d'autres stars de la période, on ne peut rien enlever à Tiny Archibald sur cette saison 1972/73. Si Wilt Chamberlain, Walt Bellamy ou Elvin Hayes ont trompé leur monde à grand renfort de possessions, il n'en est rien pour Tiny. Il est bel et bien le successeur des grands meneurs des années 60. Il a le talent offensif, l'adresse et la qualité de passe des plus grands de son temps. La seule ombre au tableau est sa défense. Limitée par sa taille, Tiny est un joueur qui a un impact négatif dans ce domaine.
Ce n'est pas la taille qui compte
On parle souvent de l'héritage des joueurs NBA. Une donnée un peu floue qui n'est souvent pas bien définie par ceux qui aiment employer ce terme. Alors quelle est la Legacy laissée par Tiny Archibald ? Pour le savoir, il faut se pencher sur le cas de ceux que j'appelle « les micros meneurs ». Ce sont tout simplement les meneurs de jeu de moins de 1,80 m, une espèce rare en NBA car on ne trouve que 145 joueurs de ce type dans son histoire.
Bizarrement, Tiny Archibald ne fait pas partie de cette liste. Il se trouve qu'il est généreusement annoncé à 1,85 m sur le site Basketball Reference. C'est d'ailleurs le chiffre annoncé dès le début de sa carrière, mais pendant des années la presse ne cesse de préciser qu'il est certainement bien plus petit. Au regard des images et des photos disponibles, cela ne fait aucun doute.
Sur ces 145 micros meneurs, ils sont 67 à avoir évolué avant 1966, dont 54 avant les années 50. Dans cette NBA des premières heures, les guards de moins de 5 pieds et 11 pouces ne sont pas rares, mais ils sont peu nombreux à s'être réellement imposés. Les plus fameux d'entre eux sont Fred Scolari et surtout Slater Martin, champion aux côtés de George Mikan et Bob Pettit.
Après 1966, les lutins se font plus rares et souvent ils ont le même profil. Ils sont de bons gestionnaires et parfois ils sont de bons défenseurs. Certains se démarquent en étant petits parmi les petits, comme le mythique Muggsy Bogues. D'autres sont de vrais petits pois sauteurs comme Spud Webb et Nate Robinson, allant jusqu'à remporter le concours de dunks. Tous sont entrés dans la légende mais peu sont ceux à avoir l'étiquette de scoreur comme cela fut le cas pour Tiny.
Pour trouver qui sont ses héritiers, il nous faut trouver ceux qui affichent un rendement statistique identique au sien. Bien entendu, l'autre condition pour mériter cette filiation est d'être également de la caste des micros meneurs. Enfin, il faut aussi ne pas être un contemporain d'Archibald comme c'est le cas de Calvin Murphy. Ce dernier a beau porter huit à dix paires de chaussettes lors des matchs, cela ne l'aide pas à dépasser 1,75 m. La majorette des Houston Rockets reste néanmoins un joueur proche de Tiny, dans son jeu et dans sa production.

Michael Adams : l'inattendu
Faisons alors un petit tour chronologique des successeurs de Tiny Archibald en commençant par le surprenant Michael Adams. Le joueur est un peu oublié de nos jours, mais ses plus belles années représentent tout de même 522 rencontres à 17 points et 7 passes de moyenne. Son pic statistique, il le réalise lors de l'exercice 1990/91 sous le maillot des Denver Nuggets.
« C'est un joueur effrayant. Il peut débloquer énormément de situations. Quand il est sur le terrain, c'est une équipe complètement différente. » - Larry Bird
La franchise du Colorado vient d'engager un nouveau coach en la personne de Paul Westhead. L'entraîneur est considéré comme un marginal et son système de jeu est jugé controversé. Il ne jure que par une chose : la contre-attaque. C'est un principe parfait pour son meneur de poche d'à peine 1,75 m. Les Nuggets impriment un tempo frénétique de 113,7 possessions par rencontre, soit dix de plus que le fameux Run TMC des Golden State Warriors.
Dans ce contexte où Westhead lui laisse carte blanche, Michael Adams s'éclate. Il termine la saison avec 26 points et 10 passes de moyenne. Dans l'histoire de la NBA, seuls Tiny Archibald, Oscar Robertson, James Harden, Trae Young, Russell Westbrook et Nikola Jokic ont réussi pareil exploit. Adams se permet même le luxe de prendre plus de huit tirs à trois points par rencontre, une hérésie à l'époque.
Le seul problème est que le système de Westhead est totalement anachronique et qu'il ne fonctionne pas dans une NBA qui est en train d'appuyer fortement sur le frein. L'effectif des Nuggets est jeune, et il manque cruellement d'une vraie star. Au final, la performance de Michael Adams reste celle d'un bon joueur dans une équipe faible qui ne remporte que vingt matchs au total. Cependant, le rendement de Michael Adams est quasiment un copié-collé de celui de Tiny Archibald en 1973.

Dana Barros : le Sniper
Dans la série des petits meneurs à qui on laisse les clés d'une équipe calamiteuse, voici Dana Barros. Après plusieurs années passées à Seattle, il est échangé et envoyé à Charlotte avant d'être transféré à Philadelphie seulement deux jours plus tard. Une première saison pour se mettre en jambe et s'habituer au rôle de titulaire. Une seconde pour s'imposer comme l'une des nouvelles sensations de la NBA.
Plus de 20 points et 7 passes de moyenne, c'est moins que Michael Adams, mais il faut dire que son équipe ne pratique pas le même jeu. Alignés sur le reste de la NBA, les Sixers ne pratiquent que 91 possessions de moyenne. Ce qui différencie Barros, c'est son shoot à trois points, avec 46 % de réussite en presque six tentatives. De quoi recevoir, là aussi, l'adoubement de Larry Bird.
Vous savez à qui il me fait penser. Il me fait penser à Louie Dampier. Il est ce genre de gars qui peut arriver et tout changer sur le terrain. - Larry Bird
Larry Bird ne compare pas Dana Barros à Tiny Archibald. Il choisit de le comparer au meneur de l'ABA : Louie Dampier. Ce meneur de seulement 1m83 est le premier pistolero de l'histoire. Il tente presque sept tirs à trois points par rencontre avec les Kentucky Colonels alors que nous sommes en 1970, cela avec 36 % de réussite.
Alors il y a peut-être plus de Dampier que d'Archibald dans le jeu de Dana Barros, mais il n'a pas volé sa place dans la liste des micros meneurs capables de scorer. Malheureusement pour lui, et comme Adams, c'est une saison d'explosion dans une équipe faible qui ne remporte que 24 rencontres en 1995. Par la suite, jamais il ne retrouve la possibilité d'avoir un rôle aussi important que celui qu'il a tenu au sein de médiocres Sixers. Cela reste une saison exceptionnelle pour lui qui reçoit le trophée de Most Improved Player, et une sélection prestigieuse au All Star Game.

Terrell Brandon : le Copy Cat
Le cas de Terrell Brandon est intéressant car il est parfait pour illustrer notre perception des statistiques. Pour cela, il faut se rendre compte du contexte dans lequel évolue le meneur des Cleveland Cavaliers. Rappelons que Tiny Archibald participe à 103 possessions par rencontre en 1973. C'est environ 21 possessions de plus que l'équipe des Cavs de 1996. Comment est-ce possible ?
L'entraîneur de la franchise de l'Ohio à cette époque se nomme Mike Fratello. Il succède à Lenny Wilkens qui a joué les seconds rôles à l'Est grâce au duo composé de Mark Price et Brad Daugherty. L'apogée de cette équipe se concrétise en 1992, avec une finale de conférence perdue en six matchs face aux Chicago Bulls de Michael Jordan. Puis, Daugherty se blesse encore et encore, Larry Nance vieillit, et Mark Price perd de sa superbe à cause d'un poignet meurtri. Son transfert vers les Washington Bullets sonne la fin d'une ère.
Fratello se retrouve avec un effectif de seconds couteaux et de joueurs en fin de parcours, mais il a aussi une petite pépite qui a sagement attendu son heure pour briller. C'est ainsi que Terrell Brandon, 1,78 m, prend les commandes des Cavs, et devient le leader de l'équipe la plus lente de l'histoire. Car pour compenser le manque de talent de son roster, Mike Fratello décide de ralentir le tempo. Le résultat : seulement 82,3 possessions en moyenne. Le Pace des Cavs est si lent qu'un épisode de Derrick à des allures de Fast & Furious à côté de leur match. Brandon ne participe qu'à 59 possessions, malgré 34 minutes passées sur le parquet. C'est peu, mais suffisant pour se faire remarquer. Avec 19 points et 6,5 passes, il obtient un ticket pour le All Star Game.
Mais ce qui est surprenant, c'est de voir que sur 75 possessions, ses stats sont identiques à celles de Tiny Archibald en 1973. C'est le même type de joueur, le même rendement statistique, mais ce n'est plus suffisant pour être au top de la ligue en 1996. Mais attendez ! Et si Terrell Brandon était le meilleur meneur de NBA en 1996 ? C'est la question que se pose le magazine Sports Illustrated, en n'hésitant pas à mettre le meneur des Cavaliers en couverture comme cela fut le cas avec Tiny en 1973 .

Contrairement à Archibald qui n'arrive pas à mener les siens en playoffs, Terrell Brandon termine la saison avec un beau bilan de 47 victoires. Son impact est indéniable et c'est cela qui marque les journalistes du plus prestigieux magazine de sport nord-américain. Mais Brandon n'a pas chopé la grosse tête. Comme Tiny, il reste humble et fait preuve d'une modestie remarquable.
Le meilleur meneur ? C'est un peu embarrassant et ce n'est que leur opinion. Je pense que Penny est meilleur, puis il y a Gary Payton, Tim Hardaway et John Stockton. La liste est longue. Je n'ai pas le battage médiatique d'une superstar, avec les publicités et les sneakers hors de prix. Je suis un joueur d'équipe avant tout, c'est l'équipe qui importe. Moi, je suis un joueur correct. Je ne suis pas si doué. Vraiment ! Pour être à ce niveau je dois jouer fort.
C'est une fois de plus le même pattern qui se reproduit, avec un petit meneur qui trouve du temps de jeu, faute de mieux, dans un effectif peu talentueux. La seule différence avec ses prédécesseurs est que Terrell Brandon gagne des matchs. Mais la NBA a bien changé, il y a bien plus de franchises qu'en 1973. Quand Tiny est un phénomène unique, Brandon est lui entouré d'adversaires légendaires au sommet de leur art.
Sa carrière s'achève alors qu'il n'a que 31 ans. Tout comme Tiny, il est victime d'une blessure, à la différence qu'il ne s'en remet pas. On remarque aussi que la suite de son parcours est marquée par une chute drastique de son efficacité. C'est également le problème de notre prochain micro-meneur.

Damon Stoudamire : The Right Men in the Wrong Era
Il y a des joueurs qui, bien qu'ils soient talentueux, ont la malchance d'évoluer dans une époque qui n'est pas faite pour eux. C'est le cas de la souris des Toronto Raptors, Damon Stoudamire. Sa plus belle saison, il l'a réalisée en 1997. Après avoir obtenu le titre de rookie de l'année, il confirme avec une saison de classe, mais c'est une fois encore au sein d'un effectif pauvre en talent.
Les Raptors viennent à peine de sortir de l'œuf et tout est à construire. Damon Stoudamire est leur premier rookie de renom, et bien qu'il soit fantastique, il a un défaut. Le leader de la franchise canadienne est très maladroit. Seulement 40 % de réussite aux tirs, et cela n'est pas près de s'améliorer à l'avenir. Car la NBA est en train de prendre le chemin emprunté par les Cleveland Cavaliers de Mike Fratello. Durant les années 2000, le tempo se ralentit, et surtout les raquettes deviennent des forteresses imprenables.
La concentration de population à l'approche des cercles est digne du périphérique parisien aux heures de pointe. Dans ce contexte, il est compliqué pour les joueurs de petite taille de trouver le chemin vers le panier. Quand Tiny profite d'une ère qui se base sur la contre-attaque et l'exploitation des espaces qu'elle engendre, Stoudamire se frotte sans arrêt à un mur. Ce phénomène touche également les joueurs plus grands, mais il se ressent fortement chez nos meneurs de poche.
Malgré cela, il réalise une belle carrière, notamment avec les Portland Trail Blazers avec qui il remporte 59 victoires en 1999. Il chute en finale de conférence face aux San Antonio Spurs, ne confirmant pas tout le bien que pense de lui Magic Johnson qui déclare en 1996 : "Il est de la classe des joueurs qui font gagner des titres."

Ty Lawson : La Pépite des Nuggets
Lorsqu'il sort de l'université de North Carolina, le profil de Ty Lawson questionne. La raison est simple : un joueur de sa taille peut-il encore s'imposer en NBA ? Sa cote baisse et il se retrouve choisi en 18ème position de la draft de 2009. Il est sélectionné par les Minnesota Timberwolves qui n'ont pas vraiment besoin de lui. Les Denver Nuggets voient une opportunité d'acquérir un jeune meneur de talent et décident de lui donner sa chance.
Après deux saisons, il est envoyé dans le grand bain en devenant titulaire à la mène. Coaché par George Karl qui lui donne toute sa confiance, il devient le leader de l'équipe. En 2013, les Nuggets remportent 57 victoires, avec Danilo Gallinari et Andre Iguodala à ses côtés, Lawson s'éclate. L'avenir semble radieux, mais l'ailier italien se blesse la saison suivante alors qu'Iguodala part rejoindre les redoutables Golden State Warriors. Ty Lawson se retrouve un peu seul, mais il en profite pour signer sa plus grosse campagne individuelle. Les Nuggets terminent la saison avec un bilan pas si catastrophique de 36 victoires.
La suite est beaucoup moins glorieuse avec les blessures, les transferts, l'alcool, les violences domestiques et les arrestations à la pelle. Ty Lawson commence alors un tour du monde improbable. Il se retrouve en Europe, en Amérique du Sud, en Chine et en Afrique. Si son pic en carrière est bref, il reste néanmoins un des rares micros-meneurs à réussir à s'imposer dans les années 2010.

Isaiah Thomas : Last But Not Least
Les micro-meneurs se font de plus en plus rares, et ils sont désormais peu nombreux à réussir à se faire une place en NBA. Mais la saison 2016/17 voit un petit korrigan s'imposer chaque soir avec malice sur le parquet des Boston Celtics. Cette année-là, Isaiah Thomas émerveille les fans du TD Garden. Superbement bien utilisé par Brad Stevens, "IT" devient le fer de lance de l'attaque des C's.
Dans une NBA en pleine mutation, le coaching de Stevens trouve des espaces pour exploiter au mieux les qualités de Thomas. Ainsi, il termine troisième meilleur scoreur de la ligue avec 29,1 points de moyenne. Mais une fois de plus, dans cette NBA qui a encore bien changé, la concurrence est rude. Devant lui, on trouve deux autres meneurs de génie, Russell Westbrook et James Harden.
L'efficacité de Thomas est de loin la meilleure de tous les meneurs présentés, mais elle est aussi imputable à l'évolution du jeu. Là encore, il faut placer les choses dans leur contexte. Il est indéniablement un moins bon passeur que Tiny et les autres, mais il est un scoreur magnifique. Cela, il le prouve lors des playoffs avec 53 points inscrits lors du Game 2 qui oppose les Celtics aux Washington Wizards. C'est un moment de légende qui survient quelques jours après le décès tragique de sa sœur lors d'un accident de voiture. L'émotion est à son maximum, Thomas émeut et impressionne avec cet exploit tristement historique.
Après deux rencontres de finale de conférence, il doit jeter l'éponge, meurtri par une vilaine blessure à la hanche. Son absence laisse un vide insurmontable ; Boston se fait éliminer aux portes des finales par les Cleveland Cavaliers de LeBron James. Pendant l'été, c'est le choc avec l'annonce de son transfert à Cleveland. Thomas a tellement séduit le public, et son histoire lors des playoffs a tellement touché les fans de Boston que c'est l'incompréhension.
Dans l'échange, les Celtics récupèrent Kyrie Irving, mais la pilule reste difficile à avaler. Danny Ainge devient (ou confirme être) le symbole du GM sans cœur, qui s'est débarrassé du chouchou du public alors que celui-ci est blessé et endeuillé. Mais voilà, c'était une décision pragmatique. Car Isaiah Thomas est un joueur de petite taille, avec tous les défauts d'un joueur de petite taille.
Dorénavant, les équipes NBA sanctionnent les moindres faiblesses, et avoir un meneur de seulement 1,78 m est un désavantage facilement exploitable. Avec un apport négatif en défense, il est difficile d'imaginer Boston remporter un titre avec Isaiah Thomas. Danny Ainge a été cruel au pire moment, mais l'avenir lui a donné raison. Même si l'expérience Irving est un bide, Boston se développe et parvient à remporter le titre.
De son côté, Thomas galère à se trouver un point de chute et il semble avoir perdu de sa superbe. Il devient un running gag du mois de février, qui rappelle le film "La Cité de la Peur" avec son fameux : « Alors que revoilà la sous-préfète ! » Chaque année, IT débarque et annonce son retour, et à chaque fois cela ne mène à rien. Une fin de carrière bien triste pour celui qui a su fasciner la ligue au moins tout autant que Tiny Archibald en 1973.

Tiny Archibald : Sa Place dans l'Histoire
Et si la place de Tiny Archibald dans l’histoire reposait sur un mensonge ? Celui qui affirme qu’il est le seul meneur de l’histoire à avoir terminé meilleur marqueur et meilleur passeur de la NBA la même saison. Là encore, notre perception des statistiques en prend un coup et montre que tout est une question de contexte.
Le premier meneur à devenir à la fois meilleur scoreur et meilleur passeur de la NBA se nomme Oscar Robertson. Lors de la saison 1967/68, il inscrit 29,2 points et distribue 9,7 passes décisives de moyenne. Mais il y a un hic : à cette époque, ces titres sont décernés au joueur ayant le plus haut total statistique, et non la meilleure moyenne. Un détail qui permet à Dave Bing de forger sa légende et à Wilt Chamberlain de hanter l’esprit des plus vieux fans, convaincus qu’il est une sorte de Nikola Jokic avant l’heure.
Ce qui est présenté depuis des décennies comme un exploit unique ne l’est finalement pas totalement. Plus récemment, Trae Young a lui aussi réussi l’exploit de terminer avec le plus haut total de points et de passes lors de la saison 2021/22. En 1970, cela aurait été considéré comme une saison historique. C’est exactement ce qui a manqué à Oscar Robertson qui, n’ayant disputé que 65 matchs, s’est vu privé d’une ligne supplémentaire au tableau de sa légende.
Alors oui, dans le contexte du Run And Gun, la saison 1972/73 de Tiny reste une performance exceptionnelle. Cependant, elle mérite d’être nuancée, car elle n’est pas totalement unique, que ce soit du point de vue des récompenses ou de la production statistique. On peut également ajouter qu’elle ne l’est pas non plus en termes de contexte, comme nous venons de le voir avec d’autres meneurs au profil similaire. Certains ont même réussi à obtenir de meilleurs résultats collectifs dans des effectifs tout aussi faibles que celui des Kansas City Kings.
Mais voilà : en 1973, cet exploit marque les esprits dans les conditions de l’époque. On retient de lui qu’il est à la fois le meilleur marqueur et le meilleur passeur, et cette image reste gravée dans les mémoires des décennies plus tard. C’est surtout son profil unique de scoreur qui séduit, il apparaît comme le candidat idéal pour prendre la succession de Jerry West et Oscar Robertson.
Des meneurs talentueux, les années 70 en comptent beaucoup, mais aucun n’est aussi redoutable au scoring. La plupart sont davantage des gestionnaires ou des défenseurs d’élite, plutôt que des scoreurs prolifiques. Ils auront cependant la capacité de briller dans les grands moments, comme Walt Frazier, Jo Jo White ou Dennis Johnson. Tiny Archibald, lui, se relance à Boston et remporte un titre aux côtés de Larry Bird, décrochant ainsi la fameuse bague. Pourtant, il lui manque peut-être ce moment de légende, cet instant gravé à jamais dans la mémoire collective.
Si l’on pose un regard froid sur la carrière de Tiny Archibald, on constate que son mythe repose avant tout sur des saisons statistiquement dantesques réalisées dans des équipes faibles. Le titre remporté en 1981 lui offre le prestige réservé aux plus grands, une chance que d’autres n’ont jamais eue. Son meilleur moment est certainement sa finale de conférence face aux rivaux de Philly. Il y est le parfait lieutenant de Larry Bird et termine la série avec 20 points et 8 passes de moyenne en sept rencontres. Mais qui s'en souvient ?
Dans le contexte du Run And Gun, Tiny reste un joueur extraordinaire. Il devait être la relève naturelle du poste de meneur, mais les blessures en ont décidé autrement. Il a dominé individuellement au milieu des géants et, comme eux, il a suscité la curiosité par sa taille. C’est sans doute pour cela que son héritage reste intact. Le basketball est un sport de grands, et voir des joueurs de 1,80 m ou moins s’imposer au plus haut niveau reste une anomalie fascinante.
La plupart des micro-meneurs sont entrés dans la légende, même sans avoir remporté de titres ou affiché des performances collectives majeures. Lorsque Tiny domine la NBA, il suscite l’admiration. Et si beaucoup de choses peuvent être nuancées à son sujet, on ne peut pas lui retirer la beauté de son œuvre. C’est certainement ce qui fait que, pour beaucoup, il reste l’un des meilleurs meneurs de l’histoire.
PS : J’espère que ce nouveau format vous a plu. N’hésitez pas à venir sur les réseaux pour discuter de Tiny Archibald et me dire si, selon vous, il fait partie des meilleurs meneurs de l’histoire. Prochainement, un nouvel épisode consacré à un joueur de l’époque du Run And Gun, avec toujours du contexte, des digressions et ses plus beaux héritiers.