Lorsque Arrive Le Phénomène
1959, la NBA n'a que treize ans d'existence, mais elle a déjà une histoire riche de joueurs extraordinaires. Il y a eu George Mikan, la première grande star. Puis les scoreurs Bob Pettit et George Yardley, sans oublier le magicien Bob Cousy. Quand la ligue décide enfin de s'ouvrir aux joueurs afro-américains, un pas de plus est franchi en termes de performances. Bill Russell est un rebondeur aux moyennes jamais vues avant lui, et Elgin Baylor semble pouvoir en faire de même au scoring. Mais tout cela n'est rien à côté de ce qui se prépare du côté de Philadelphie avec l'arrivée du phénomène : Wilt Chamberlain.
La WiltMania
Nous sommes en mai 1958, la saison de NCAA s'achève à peine qu'une annonce fait grand bruit. Après seulement trois saisons, Wilt Chamberlain décide de quitter l'université du Kansas et de mettre un terme à sa carrière universitaire. Les arguments qu'il avance pour justifier son choix sont assez surprenants, puisqu'il reproche à son programme de l'avoir uniquement utilisé au poste de pivot, ce qui, selon lui, l'empêche de développer un jeu complet. Il pense que cela freine son développement et rend inefficace sa préparation au monde professionnel.
La popularité de la NCAA dépasse de loin celle de la NBA, mais cela n'est pas important pour lui. Ce qu'il veut avant toute chose, c'est préparer au mieux son entrée chez les pros. Celui qui est considéré comme le plus grand talent générationnel de l'histoire à cette époque prend l'option de tracer son propre chemin et fait un pied de nez au cursus traditionnel. C'est totalement novateur, car la NCAA ne devient plus une fin en soi. Chamberlain aurait aimé qu'elle soit un tremplin pour sa carrière, mais la rigidité du système en place le convainc d'utiliser d'autres canaux pour arriver à ses fins. Wilt est audacieux, il chamboule les bonnes vieilles habitudes de ce sport encore majoritairement blanc. Car il ne faut jamais oublier que nous sommes dans l'Amérique de la ségrégation.
Toutefois, le capitalisme peut se montrer plus flexible avec un jeune homme noir, surtout si celui-ci est rentable. Chamberlain est avant tout vu comme un investissement à cause des profits spectaculaires que génère chacune de ses apparitions. Avant d'être un étudiant, Wilt est un actif de grande valeur. Comme en témoigne cette offre du magazine Look, qui lui propose 15 000 dollars pour avoir l'exclusivité de son passage au professionnalisme, avec la certitude d'écouler du papier en masse grâce à ce scoop.
Wilt Chamberlain n'est pas n'importe qui, il est une attraction nationale et bientôt internationale. Il n'y a personne d'autre comme lui, même Bill Russell et Elgin Baylor n'ont pas son aura. Il est le joueur le plus talentueux, mais il est surtout, du haut de ses 2,16 m, le géant de son temps. Partout où il passe, il suscite une fascination sans égale : sa taille, sa façon de se mouvoir, son talent, c'est du jamais-vu. Il est le premier d'une courte liste de basketteurs hors du commun qui dégagent un magnétisme et un charisme attirant les foules partout où ils passent, et cela bien avant de fouler un parquet NBA. Après lui, il y aura Kareem Abdul-Jabbar, Shaquille O'Neal et Victor Wembanyama. Mais il reste à jamais le premier à faire l'expérience d'un tel engouement et d'autant de convoitises. Tout ce qu'il touche devient de l'or, faisant de lui un phénomène médiatique et économique à l'impact inédit.
« La plupart d'entre nous le considèrent professionnel depuis le jour où il a quitté le lycée. » Jimmy Breslin – Rédacteur spécial du Beacon Journal

La NBA doit attendre
Surprise générale. Au mois de juillet, la NBA décide de ne pas accorder à Chamberlain le droit de rejoindre ses rangs. Il doit attendre un an pour que cela corresponde à la date à laquelle sa promotion obtient son diplôme. C'est un choix qui peut paraître difficile à comprendre. La NBA a besoin d'argent, a besoin de médiatisation, mais elle préfère rester rigide et privilégier son règlement. Ben Kerner, le propriétaire des St. Louis Hawks, se montre au départ ouvert et prêt à débattre, tout comme ses homologues.
« C'est une question que nous devons examiner. Ce garçon est un cas tellement exceptionnel depuis le début. Certains pensent peut-être qu'il était professionnel depuis longtemps et que nous devrions le laisser entrer immédiatement. »
Finalement, on conclut que ce n'est pas un bon choix et que cela pourrait créer un précédent. Des voix s'élèvent pour demander ce qu'il faudra dire pour empêcher Oscar Robertson de faire, lui aussi, le grand saut en NBA sans finir son cursus universitaire. Le vote est alors unanime, même si l'option de lui accorder une dérogation exceptionnelle a longtemps semé le doute dans l'esprit des propriétaires.
La NBA est dépendante de la NCAA, c'est elle qui forme ses joueurs, et cette dernière pourrait voir d'un mauvais œil le fait de se voir voler sa plus grande vedette. En refusant à Chamberlain l'accès au monde professionnel, la ligue montre qu'elle veut protéger le championnat universitaire et se mettre en position de collaboration plutôt que de concurrence. Le cas Chamberlain a le mérite de clarifier les liens entre la NBA et la NCAA, car laisser les universités tranquilles est aussi le meilleur moyen d'accueillir des talents à moindre coût.
Le but est d'éviter de produire les effets nocifs d'un recrutement trop agressif déjà observés dans la ligue majeure de baseball. La MLB n'hésite pas à signer des athlètes très tôt, ce qui a contribué à faire exploser le prix des jeunes recrues, et c'est ce que la NBA veut absolument éviter. La MLB se jette sur tous les prospects avec frénésie, ce qui pousse certaines facultés à envisager d'abandonner leur programme de baseball. Les équipes professionnelles offrent des contrats mirobolants à des joueurs inexpérimentés, ce qui provoque des erreurs de casting coûteuses et le ressentiment des vétérans, qui sont bien moins payés.
« Les recruteurs de baseball ne laissent même pas un excellent joueur universitaire tranquille pendant les deux heures et demie nécessaires pour disputer un match. »
Walter Byers – secrétaire exécutif de la NCAA
En attendant, la NBA se prépare à accueillir celui qui est déjà, pour certains, le meilleur joueur de l'histoire. Cependant, ce talent fait débat et, pour beaucoup, il est néfaste car il déséquilibre le jeu. L'entraîneur de l'université du Colorado, Sox Walseth, expliquait que Wilt était si fort qu'il devait demander à son équipe de ralentir le jeu pour freiner son impact. Sa taille et son talent sont si inédits qu'ils obligent à modifier le jeu. C'est une constante pour lui au début de sa carrière. Avec humour, Wilt propose de mettre le panier au ras du sol, ainsi tout le monde pourra s'y accrocher. Mais en réalité, son profil inquiète. Il n'a pas encore joué une minute en NBA qu'on demande déjà à modifier la règle sur le goaltending. La ligue fait face à une problématique toute nouvelle avec ce joueur unique qui, par son physique, parvient à changer la nature du jeu. La NBA doit s'adapter à Chamberlain.
La question est désormais de savoir ce qu'il prévoit de faire pendant cette année d'attente. La réponse est vite trouvée grâce à Abe Saperstein, le malicieux propriétaire des Harlem Globetrotters, qui a bien senti l'opportunité qui s'offrait à lui. Il fait signer à Wilt un contrat record de 65 000 dollars. L'échassier fait ses débuts face à une sélection universitaire lors d'une tournée en Europe, sur un terrain en plein air et sous une pluie battante. Les Trotters ont l'habitude d'intégrer leurs nouvelles recrues progressivement. C'est pourquoi, pour ce premier match, Wilt ne joue que quatre minutes et n'inscrit que quatre points.
« Quand les gens le verront entouré d'une équipe capable de jouer avec lui, ils diront qu'il est le plus grand basketteur à avoir jamais chaussé une paire de sneakers. » Abe Saperstein
Ce qui est marquant pour la presse à ce moment-là, c'est le fait que les lits européens sont beaucoup trop petits pour Wilt. C'est la démonstration que le personnage fascine au-delà de ce qu'il produit sur un terrain de basketball. Il est sans arrêt sollicité sur sa taille, ce qui façonne le récit d'un athlète hors normes dont chaque geste du quotidien suscite la curiosité du grand public.
Il est aussi encore et toujours question d'argent. Wilt est sans cesse renvoyé à ce qu'il gagne et à ce qu'il rapporte, et cela n'est pas sans conséquences. Les stars de la NBA, qui font vivre la ligue depuis des années, voient son contrat comme l'occasion d'en négocier de nouveaux. Chamberlain devient malgré lui le nouveau mètre étalon du basketball en termes de salaire. Une mauvaise nouvelle pour les propriétaires, qui ne vont pas tarder à devoir mettre la main à la poche.

La Guerre est Proche
C'est donc le début d'une longue tournée à travers le pays et à travers le monde. Partout, il est reçu comme une superstar et on lui demande sans cesse la même chose. L'une des questions récurrentes est de savoir pourquoi il a quitté l'université alors que le monde professionnel ne peut pas encore l'accueillir. Mais Wilt reste droit dans ses bottes et garde toujours la même position. La rigidité du jeu universitaire ne lui a pas plu ; il veut de la liberté d'action et cela, il pense ne le trouver qu'en NBA.
Les joueurs universitaires reflètent ce que leur entraîneur leur enseigne. Chez les professionnels, il existe davantage de liberté individuelle. La première différence que j'ai remarquée est que les professionnels insistent moins sur la défense qu'à l'université.
Pour le coup, il obtient une liberté totale avec les Harlem Globetrotters. On le place loin du panier et il occupe plutôt un poste d'arrière ou d'ailier. C'est le légendaire Meadowlark Lemon qui joue le rôle du pivot. Mais ce changement de position ne change pas grand-chose au développement de son jeu. Cela ne fait pas de lui un meilleur dribbleur, passeur ou shooteur. S'il peut faire autre chose qu'être un pivot statique, cela ne révolutionne rien pour lui qui deviendra plus tard champion NBA avec justement un rôle ... de pivot statique. Sa critique de la formation NCAA se heurte à la réalité, mais pour l'instant il estime toujours être dans une situation qui le rend meilleur.
Si l'on veut être honnête, cette tournée a surtout l'utilité de le maintenir en forme. Cependant, elle permet aussi au pays tout entier de le découvrir. Ce qu'il faut comprendre, c'est que le corps et les capacités physiques de Chamberlain sont si uniques que certains observateurs regrettent déjà le basketball d'antan. Shirley Povich, rédacteur sportif du Washington Post écrivant dans Sports Illustrated, critique le basket de l'époque, qu'il qualifie de « sport pour les oiseaux ».
Selon Povich, le basket de la fin des années 50 est devenu : "une folle accumulation d'absurdités, avec des joueurs hauts comme des échelles, se battant dans les airs pendant que des arbitres hurlants tentent d'appliquer des règles ridicules qui vident le jeu de son intérêt". Il faut rappeler que nous sommes en décembre 1958 et que le bon vieux « c'était mieux avant » avait déjà beaucoup de succès. Par contre, Povich a, comme tout le monde, vu ce que même les plus sceptiques ne peuvent nier. Wilt Chamberlain n'a aucun équivalent, et ce qu'il fait sur le terrain est inédit.
Il est grand, tout le monde le sait, mais il accomplit des choses dont beaucoup de joueurs plus petits seraient heureux de réussir la moitié.
Shirley Povich
En mars 1959, alors que le périple de Chamberlain avec les Harlem Globetrotters arrive presque à son terme, Ben Kerner vient semer le doute. Le propriétaire des Hawks déclare que Wilt est sur le point de s'engager pour une deuxième saison avec l'équipe de Saperstein plutôt que de rejoindre les Philadelphia Warriors.
Eddie (Gottlieb, des Warriors) a passé le dernier week-end à Chicago à discuter avec Wilt et à essayer de le convaincre de rejoindre l'équipe. Je n'ai pas demandé à Eddie comment cela s'était terminé, parce que je n'aime pas poser une question dont je m'attends à recevoir une réponse négative. Je ne vois pas comment Abe peut laisser partir ce joueur.
Kerner a raison. Chamberlain a enrichi Abe Saperstein comme jamais. Si ce dernier décide de le conserver, il peut le payer comme personne d'autre n'en est capable en NBA. D'autant que cela reste rentable quoi qu'il arrive, car Wilt est une mine d'or. La NBA a de quoi s'inquiéter. Chamberlain est une véritable star : il voyage à travers le monde, il est mieux payé que n'importe quelle vedette de la ligue et il possède l'image flatteuse d'un géant talentueux, bon orateur et au sourire charmeur.
La NBA a cruellement besoin de lui, mais elle est loin d'être en position de force. Son arrivée chez les Warriors paraissait inscrite dans le marbre, mais aujourd'hui rien n'est moins sûr. Si la ligue refuse ses exigences, il peut rester dans une situation confortable chez Saperstein. Si elle les accepte, il est évident qu'elle devra casser sa tirelire. Mais un proche de Chamberlain vient rassurer les instances du championnat professionnel. Pour lui, il ne fait aucun doute que Wilt sera en NBA l'année prochaine.
Ce précieux informateur n'est autre que le meneur rookie des Philadelphia Warriors : Guy Rodgers. Il connaît très bien Wilt, qu'il fréquente depuis l'âge de treize ans. Les deux compères côtoyaient la future star de la télévision américaine Bill Cosby. Ce dernier affuble Rodgers du surnom de « Cootie Brown ». Ce pseudonyme, Wilt l'utilise encore des années plus tard pour qualifier celui qui est l'un de ses meilleurs amis. Cette déclaration de Guy Rodgers est publiée dans un texte qu'il signe de sa main dans le Baltimore Afro-American. Le titre de l'article est clair : Wilt est le plus grand joueur de l'histoire.

Seulement quelques jours plus tard, la nouvelle tombe. Wilt Chamberlain accepte les termes d'un contrat qui fait de lui la prochaine recrue des Warriors. Guy Rodgers n'a pas menti. Gottlieb, de retour de Cincinnati pour assister à une réunion du Philadelphia Basketball Writers' Club, a déclaré que Chamberlain avait accepté les conditions.
Lorsque je signerai avec Chamberlain, je l'annoncerai. Je souhaite que tout le monde soit certain qu'il sera un Warrior. Mais ce n'est pas encore fait.
Le propriétaire de Philadelphie s'est longuement entretenu avec Abe Saperstein, dont on apprend qu'il a désormais des intérêts financiers avec la franchise des Warriors. On découvre également que le contrat de Wilt est d'environ 40 000 dollars et que, s'il est désormais chez les professionnels, il est prévu qu'il évolue avec les Harlem Globetrotters lors de la prochaine intersaison. Un deal qui lui permet de toucher un revenu annuel de 80 000 dollars.
Finalement, tout est bien qui finit bien, chacun ayant réussi à se nourrir de la bête sans perdre la face. La NBA se frotte les mains et rêve déjà des affrontements entre Russell et Chamberlain. De quoi, à coup sûr, garantir des revenus de billetterie extraordinaires.
« J'ai décidé de jouer avec les Warriors pour trois raisons. Premièrement, j'ai toujours voulu jouer en NBA. C'est la grande ligue du basket. Deuxièmement, cela me donne la possibilité de jouer avec mon équipe locale et d'être proche de ma famille et de mes amis. Ma famille souhaite que ce soit ainsi. Et enfin, mais pas des moindres, j'ai un bel avenir dans d'autres domaines de la vie en dehors du basket-ball. »
Wilt devient le joueur le mieux payé de la NBA, même si les informations sur son contrat restent floues. Il détrône Bob Cousy, qui était jusque-là la star avec le plus beau salaire de la ligue. Chamberlain est maintenant un professionnel, mais il fait encore quelques dernières apparitions avec les Harlem Globetrotters, notamment à Paris et en Russie, où il rencontre le président Nikita Khrouchtchev. De quoi lui donner un avant-goût de la guerre froide qui se prépare en NBA.
En effet, en août 1959, on apprend que Bob Cousy vient de signer le plus gros contrat de l'histoire. Walter Brown, propriétaire des Boston Celtics, offre à sa star un deal comprenant un salaire de base ainsi qu'un pourcentage des recettes de billetterie. C'est une première, jamais un joueur n'avait reçu une telle considération.
« J'ai essayé de trouver la bonne façon de récompenser Bob. Je pense y être arrivé. Nous lui donnons une bonne base salariale et il participera également aux recettes liées à la fréquentation. »

Depuis des mois, la bataille entre Russell et Chamberlain fait saliver tous les observateurs. Mais depuis quelques semaines, et au regard de son talent, on se demande si les Warriors ne sont pas plus forts que les Celtics. Ces questions n'ont pas encore de réponses, mais il est évident que le combat a déjà commencé. Comme souvent avec Chamberlain, il est d'abord d'ordre économique. Cependant, si la guerre des salaires est intéressante et historique, le duel attendu de tous se jouera sur le parquet.
Il y a peu de temps de cela, Wilt s'est livré à une rencontre face à une vraie équipe professionnelle. Dans ce match, il est confronté à une sélection de joueurs NBA. S'il en ressort grandi avec 20 points, 16 rebonds et 12 contres en une mi-temps, il comprend que le niveau physique et technique est plus élevé qu'il ne le pensait. Wilt découvre Larry Foust et Walter Dukes, deux vétérans qui lui ont fait des miséres dans ce match. La NBA est un monde bien plus impitoyable que tout ce qu'il a connu jusqu'ici. De quoi faire monter encore un peu plus l'intérêt autour de ses futures confrontations avec Bill Russell.
« Cette rudesse est la grande surprise que j'ai découverte au cours de nos dix matchs de préparation. Il n'y en avait pas autant lorsque je jouais avec les Harlem Globetrotters la saison dernière, ni pendant mes deux années à l'université du Kansas. » Wilt Chamberlain

Les Débuts Tant Attendus
La saison approche à grands pas, mais pour l'instant Wilt Chamberlain est concentré sur son nouveau passe-temps, les chevaux. La presse se fait le relais de sa toute première acquisition, un cheval de course nommé Spooky. Cette petite pause équestre terminée, les choses sérieuses commencent pour Wilt. Il est attendu au tournant ; il se murmure même qu'il n'a pas l'endurance pour tenir un match face aux vétérans de la NBA. Comme bien souvent, il existe toujours des sceptiques difficiles à convaincre. Mais la rencontre du 24 octobre 1959 entre les Philadelphia Warriors et les New York Knicks met tout le monde d'accord.
En 48 minutes de jeu, Wilt inscrit 43 points, prend 28 rebonds et assène 6 contres à des New-Yorkais impuissants. Il n'y a plus de doute, il est bien la merveille annoncée. Cette victoire de Philly est un bon début, mais ce que veulent les fans, c'est le duel avec Bill Russell. Il ne faut pas attendre bien longtemps pour cela puisqu'à lieu, le 7 novembre, le premier clash des titans. Résultat, victoire des Celtics sans grande difficulté. Wilt affiche 30 points et 28 rebonds quand Bill Russell score 22 points pour 35 rebonds. Les Warriors sont très vite dépassés dans ce match, Wilt paraît fatigué, il est extrêmement maladroit avec un affreux 12 sur 38 aux tirs. Vers la fin du mois, Warriors et Celtics se retrouvent pour deux confrontations en back-to-back. Wilt a sa revanche, mais il faut la nuancer. Car s'il remporte les deux rencontres, c'est en partie grâce à une blessure à la cheville de Bill Russell. Lors du premier match, le pivot celte doit sortir au bout de 29 minutes, et il est indisponible pour le second.

Pour l'instant, le duel des seigneurs est assez décevant. Mais cela n'empêche pas de faire tourner la billetterie du Boston Garden à plein régime avec plus de 12 000 spectateurs venus voir le monstre Chamberlain. Wilt confirme qu'il est bien le joueur le plus magnétique de la NBA. Chamberlain inscrit 49 points en l'absence de Russell, mais il est globalement sur un départ canon avec 36 points et 30 rebonds de moyenne sur le premier mois de compétition. Mieux que cela, les Warriors commencent la saison avec 12 victoires pour seulement 5 défaites. Wilt n'est pas qu'un phénomène économique et statistique, il fait gagner des matchs. La preuve avec une petite claquette à cinq secondes de la fin d'une rencontre face aux Knicks qui offre la victoire aux siens : 126 à 125.
Pourtant, les Knicks avaient annoncé avoir trouvé la formule pour le stopper. En réalité, la plupart des équipes souhaitent le tenir loin du panier. Mais dans cette NBA qui court dans tous les sens, il est quasiment impossible de l'empêcher de faire ce qu'il veut. Alors, il y a bien une solution : lui mener la vie dure. Cela, Wilt le ressent parfaitement, il a bien compris que ses adversaires n'ont qu'une alternative, lui rentrer dedans.
« Il y a beaucoup plus de rudesse en NBA que je ne l'avais imaginé. Mais je dois m'habituer aux bousculades et aux contacts. Tout le monde me dit que j'ai tort d'utiliser ce tir en reculant plutôt que d'attaquer le panier. Pourtant, ce n'est pas vraiment un fadeaway : c'est plutôt un tir en étant repoussé. Il y a presque toujours quelqu'un qui me pousse. »
Au petit jeu des bousculades, les Celtics sont les champions. Si Russell s'occupe très bien de Wilt, il est toujours bien aidé par ses coéquipiers. Notamment Jim Loscutoff, qui n'hésite jamais quand il s'agit d'agresser un adversaire. Lors du mois de décembre, les C's remportent les deux duels qui les opposent aux Warriors. Lors du premier match, Wilt est inarrêtable avec 39 points. Dans le second, il est encore une fois maladroit avec un 6 sur 17 aux tirs pour seulement 22 points. Pour la presse de Boston, il n'y a pas de débat : Bill Russell domine Wilt grâce à sa défense.
Wilt SUPERSTAR
L'année 1960 commence, nous ne sommes qu'au mois de janvier, mais la NBA fait déjà ses comptes et les nouvelles sont bonnes. Cette saison est la plus lucrative de l'histoire. Principalement grâce à Wilt Chamberlain. Les Warriors enregistrent une fréquentation en augmentation de 40 % depuis son arrivée. Toutes les franchises constatent la même chose. Lorsque Wilt est en ville, les billets s'arrachent et les guichets explosent.
La NBA fait aussi les comptes statistiques et elle s'aperçoit que Wilt est en passe de casser tous les records en terme de points, rebonds, tirs tentés, tirs réussis, lancers francs tentés et minutes jouées. C'est bien simple, il est déjà acquis qu'il est l'athlète de l'année. De plus, Philly continue de gagner avec 35 victoires pour 15 défaites. Si en début de saison certains annonçaient que le meilleur était Elgin Baylor, fin janvier, il n'y a plus de discussion possible, le MVP est Wilt Chamberlain. Ce qui, par extension, fait également de lui la meilleure recrue de l'année. Wilt passe du statut de phénomène à celui de superstar.
Chose inattendue, dans un article du journaliste Jack Saunders, ce dernier fait la liste des adversaires directs de Wilt. Son but : montrer que s'il est bien le géant de la ligue, il affronte malgré cela d'autres beaux gabarits. Aujourd'hui, on voit souvent des commentaires qui expliquent que Chamberlain et Russell affrontaient des joueurs de 1 m 85. C'est sûrement ce qu'il se dit déjà en 1960. Jack Saunders déconstruit cette fausse idée qui est, malheureusement, toujours présente de nos jours. Ici, il démontre que Wilt ne domine pas uniquement par sa taille, mais aussi par des qualités athlétiques et techniques hors normes. Le premier visage de la NBA fut George Mikan ; dorénavant, c'est au tour de Wilt Chamberlain.
Mais faut-il encore que Wilt accepte ce rôle. Car après trois mois de compétition, on sent le géant agacé. Lorsqu'on regarde la situation de loin, tout semble aller à merveille. Cependant, il continue de prendre des coups. Certes, il y a les petits coups de vice, les griffures, les coudes bien placés et les poussettes dans le dos. Mais il y a aussi les attentats. Sur la liste des brutes épaisses de la ligue figure le nom de Clyde Lovellette. Le pivot de Saint-Louis ne sait pas faire dans la demi-mesure. Cela, Wilt l'apprend à ses dépens, quand il doit sortir d'une rencontre où Lovellette vient de lui envoyé un généreux coup de coude dans la bouche qui lui fait perdre deux dents. Alors, pour lever le doute, ce coup était bien entendu complètement intentionnel. Wilt est devenu une superstar et le revers de la médaille est le traitement que lui infligent ses adversaires.
Alors, il commence à se plaindre ouvertement de l'arbitrage qu'il estime injuste. Il pense qu'il y a un traitement pour lui, et un autre pour le reste de la ligue. Il se sent lésé, mais les officiels jurent qu'il ne souffre d'aucun traitement particulier. Ce que Chamberlain ne sait peut-être pas à ce moment-là, c'est que la NBA est une ligue violente et cela depuis toujours. Les bagarres sont monnaie courante et les sales coups font partie du jeu. Il est loin le temps des Harlem Globetrotters, des cercles magiques avec « Sweet Georgia Brown » en fond musical et des matchs d'exhibition sans mauvais gestes.

Wilt doit faire face à une compétition plus rude, et ses plaintes agacent ses adversaires comme c'est le cas avec Dolph Schayes. L'ailier des Syracuse Nationals n'est pas le plus grand fan de Chamberlain.
Wilt ne sait pas shooter. S'il devait prendre tous ses tirs à plus de trois mètres, il n'arriverait pas à marquer plus de cinq points par match. Il est juste un freak surdimensionné avec une grosse détente, c'est pour cela qu'il marque autant de points. — Dolph Schayes
Ce qui énerve encore plus Dolph Schayes, ce sont les plaintes de Chamberlain envers l'arbitrage. Selon lui, s'il prend des coups, c'est parce qu'il évolue au poste de pivot. Il est normal qu'il subisse plus de contacts, c'est la contrainte de ce poste. Alors, Wilt commence à avoir une réputation de pleurnichard. Les agressions physiques sont dans l'ADN de la NBA depuis sa création. Chamberlain doit composer avec cela, mais il a du mal à l'accepter et à s'y adapter. Il pourrait répliquer, mais il se refuse à le faire, même s'il prévient que cela pourrait arriver un jour ou l'autre.
Si la NBA n'agit pas, elle pourrait perdre sa perle rare. Cela, elle le comprend lorsqu'il annonce qu'il pourrait ne pas prendre part à la prochaine saison. Il déclare qu'il a prouvé qu'il peut dominer le basketball professionnel et qu'il en a fait suffisamment. Il veut se lancer dans une autre carrière sportive et devenir le nouveau recordman du décathlon. Autant vous dire que le téléphone d'Eddie Gottlieb a chauffé comme jamais. La brutalité de la NBA est en train de dégoûter la poule aux œufs d'or. Les Warriors sont désormais fébriles à l'idée de perdre leur superstar.
Les Premiers Playoffs de Chamberlain
On vient de voir toute la sympathie qu'accorde Dolph Schayes au jeune Wilt Chamberlain. Il peut maintenant s'en expliquer directement avec lui lors du premier round des playoffs au meilleur des trois rencontres entre Warriors et Nationals. Le premier match est une formalité pour les Warriors. Wilt aligne 35 points et 27 rebonds, bien aidé par un Paul Arizin de gala auteur de 40 points. Au lendemain de cette joute, il est annoncé qu'il est le MVP de la saison. En guise de récompense, il est adoubé par George Mikan.
Il est merveilleux. C'est le plus grand joueur de l'histoire. George Mikan
Mais pas le temps de profiter. Les Nationals se réveillent et s'imposent dans le second affrontement grâce à 40 points et 22 rebonds de Dolph Schayes. Le facteur X de ce match est Johnny "Red" Kerr. Le pivot des Nats limite Chamberlain à 28 points et 18 rebonds, on titre dans la presse qu'il a "menotté" le Stilt. La joie de Kerr ne dure qu'un temps, puisque Chamberlain massacre les joueurs de Syracuse avec 53 points dans la rencontre décisive. C'est un tour gagné sans pression par les Warriors qui doivent maintenant affronter les Boston Celtics.

Voilà, nous y sommes. C'est une finale de division, mais c'est une série qui a un goût de finale. Les deux meilleurs pivots de la ligue s'affrontent dans une série de playoffs. L'histoire de la NBA s'écrit sous les yeux des fans et observateurs qui attendent ce moment depuis deux ans. Cela n'empêche pas Eddie Gottlieb de penser au business. Il profite de son passage à Boston pour s'engager dans une discussion avec des investisseurs en vue de créer une nouvelle franchise, les New Orleans Pelicans. Mais avant de s'y rendre pour voir si ce projet est réalisable, il veut se concentrer sur la série. Une joute qui commence par une victoire des Celtics sur des Warriors maladroits mais combatifs. Boston a eu besoin d'un Bill Sharman chirurgical pour garder à distance Philly qui ne parviendra jamais à remonter le score. Défaite des Warriors à l'extérieur, 111 à 105, malgré 42 points de Chamberlain.
Philadelphie prend sa revanche dans le Game 2 avec une victoire 115 à 110, mais cela n'est pas sans avoir souffert. Car un incident lourd de conséquences survient au cours du match. Comme à leur habitude, les Celtics jouent dur mais cette fois Wilt Chamberlain choisit de répliquer. Il se retrouve embarqué dans une bagarre avec l'ailier Tom Heinsohn. Les deux joueurs se percutent mais pour Wilt c'en est trop. Il fonce sur Heinsohn mais glisse et tombe, laissant l'image d'un Heinsohn les poings serrés en position de force. Lorsqu'il se relève, le Celte continue d'envoyer des crochets et il faut l'intervention de Bill Russell, des arbitres et de la police pour séparer les deux joueurs.

Cette rencontre est à l'image de tout ce qu'a subi Wilt Chamberlain cette saison. Sauf que cette fois il ne s'est pas laissé faire. Ce qui ravit son coach, Neil Johnston, qui attendait ce moment depuis longtemps. Lui qui n'a eu de cesse de demander à son joueur de rendre les coups. Pour Tom Heinsohn, Wilt n'est pourtant pas la victime qu'il pense être. Pour lui, il donne autant de coups qu'il en reçoit. Si les Warriors gagnent la partie, la série s'est peut-être jouée sur cette bagarre. Car le géant en ressort meurtri, sa main droite lui fait mal et elle est enflée. S'il s'avère qu'il est blessé, c'est la fin pour Philly qui ne peut pas prétendre vaincre les Celtics sans son indispensable pivot.

Bien que Bob Cousy soit toujours aussi maladroit avec un 5 sur 19 et après avoir signé un 6 sur 27 dans le Game 2, les Celtics remportent facilement le Game 3 sur le score de 120 à 90. Chamberlain n'a pas écouté les médecins. Il lui est demandé de prendre trois à quatre jours de repos mais le Stilt préfère s'en remettre avec une pointe d'humour à son shoot main gauche. Il souffre de sévères contusions et ecchymoses à l'index, au majeur et à l'annulaire de la main droite mais il tient à être présent sur le terrain. S'il est vaillant, il est gêné et ne peut pas produire comme à son habitude. Il ne joue que 35 minutes pour 12 points et 15 rebonds. Il laisse le champ libre à un Russell qui s'en donne à cœur joie avec 26 points et 39 rebonds.
Le Game 4 commence mal, les Celtics prennent très vite de l'avance mais se font peur en laissant filer un avantage de 19 points. Bob Cousy est toujours catastrophique avec un 8 sur 27 mais Bill Sharman et Bill Russell rattrapent le coup dans les cinq dernières minutes. Wilt retrouve des couleurs avec 24 points et 34 rebonds mais c'est insuffisant, les Celtics repartent avec la victoire, 112 à 104.
On le sait, les Celtics ne sont pas une bonne attaque. Bob Cousy est particulièrement inefficace depuis le début de la série, mais dans le Game 5, c'est toute l'équipe de Boston qui prend l'eau. Habituellement, les Celtics ont besoin de l'adresse de Sharman pour s'en sortir. Sauf que le tireur d'élite est en panne : seulement 2 sur 14. Avec un Cousy à 5 sur 23, Heinsohn à 5 sur 20 et Ramsey à 4 sur 14, les Bostoniens n'avaient aucune chance. De son côté, Chamberlain a retrouvé tous ses moyens. Il compile 50 points, 35 rebonds et 5 contres. Les Warriors reviennent à 3-2 dans cette série et le retour en forme du Stilt donne de l'espoir à une équipe revigorée.

La Fin ?
Game 6, la tension est à son comble alors qu'il ne reste que neuf secondes de jeu et que le score est de 117 partout. Red Auerbach décide que c'est à Bill Sharman de clôturer la série. Il est son attaquant le plus adroit et un excellent tireur de lancers francs, deux bonnes raisons de lui laisser le ballon dans ce moment décisif. Les Warriors savent tout cela et l'anticipent à merveille. Lorsque Bill Sharman s'avance vers le cercle, Wilt Chamberlain et Woody Sauldsberry le couvrent et l'un des deux détourne son tir. Malheureusement pour les Warriors, le ballon ricoche sur la planche et se retrouve dans les mains d'un Tom Heinsohn complètement seul, qui inscrit deux points faciles au buzzer. Les Celtics sont en finale pour la quatrième saison de suite.
Dans la presse, cette victoire ne fait pas forcément les gros titres. Car une autre nouvelle secoue la NBA : Wilt Chamberlain annonce qu'il met un terme à sa carrière.
« Je ne jouerai plus jamais en NBA. C'est terminé, c'est mon dernier match. Je déteste partir de cette façon. J'espérais que notre équipe irait jusqu'au bout et que je pourrais quitter le jeu sur un titre. Mais ma décision est prise. »
Lorsqu'on lui demande ce qu'il compte faire, Chamberlain répond en un mot : « hiberner. » Pour les Warriors, c'est un véritable choc, comme en témoigne Eddie Gottlieb.
« C'est une surprise pour moi. Il faudra que ce soit Wilt qui vous explique pourquoi. Nous avons parlé contrat la semaine dernière et nous devions nous revoir la semaine prochaine. J'étais persuadé qu'il reviendrait. »
La raison principale de son départ, ce sont les coups qu'il reçoit. Cependant, cette fois, Wilt est plus précis et déclare que, s'il est si mal traité, c'est aussi à cause du racisme qui règne en NBA.
« Si je continue, j'ai le sentiment que cela pourrait être mauvais pour moi et pour ma race. Si je reviens la saison prochaine et que je marque moins de points que cette année, je risque de devoir frapper huit ou neuf gars au visage. Je pourrais perdre mon sang-froid, et je ne veux pas que cela arrive. Je veux garder mon équilibre. J'ai accompli tout ce qu'un homme peut accomplir dans le basketball professionnel. »
Wilt Chamberlain devait rouler sur le monde du basketball sans nul autre pareil. Depuis le lycée, il est attendu comme le messie, comme celui qui est programmé pour dominer ce sport et le révolutionner. Ce jeune homme à qui tout réussit vient de faire la dure expérience du monde professionnel. Il est certes trop grand, trop fort et trop puissant pour le commun des mortels. Mais ce qui fait sa force est aussi sa faiblesse. Il domine tellement cette ligue encore si récente et ce sport en plein développement que la seule réponse pour le vaincre est de le malmener. Honnêtement, qui peut accepter de prendre autant de coups ?
Wilt ne semble pas disposé à être cet homme.
Dans la presse, les journalistes sont partagés. Quand certains montrent de la compassion pour Chamberlain, d'autres, comme Dick Young, ont la dent dure.
« Wilt le Pleurnicheur essaie également de se faire passer pour un martyr. À l'entendre, il quitte le basket parce que les coups qu'il reçoit finiraient par épuiser sa patience et qu'il risquerait alors de répondre en "frappant huit ou neuf gars à la figure". Wilt veut éviter une telle réaction, parce qu'elle rejaillirait négativement sur sa race. Ainsi donc, il abandonne. Il ne quitte pas le jeu d'une manière respectable ou digne. Il prend la fuite. S'il pense que ce genre d'abandon sert la cause des siens, il ferait mieux d'y réfléchir encore... et encore... et encore. »
Pour beaucoup, Wilt exagère et se victimise. C'est finalement l'histoire de beaucoup de phénomènes du basketball. D'abord, le public et les observateurs sont émerveillés, puis viennent les critiques et les reproches au moindre faux pas. Sauf que dans l'Amérique ségréguée des années 1960, le discours de certains journalistes peut s'avérer extrêmement violent.
On imagine bien que les Warriors ne veulent pas laisser filer leur superstar comme cela. Néanmoins, il faut attendre la fin du mois de juin pour voir enfin Eddie Gottlieb sortir du bois. Il l'affirme, Wilt sera bien un Warrior la saison prochaine.
« Beaucoup de personnes en qui il a confiance lui ont parlé, notamment des membres de sa propre communauté. Il a également reçu énormément de courrier lui demandant de ne pas arrêter. Il a beaucoup réfléchi à tout cela et je crois qu'il en est venu à comprendre que les choses n'étaient peut-être pas exactement comme il les avait imaginées. »
Pour le convaincre, le propriétaire des Warriors n'hésite pas à mettre la main à la poche. Il propose un salaire annuel de 70 000 dollars, auquel il faut ajouter des placements financiers destinés à optimiser la fiscalité ainsi que les nombreuses recettes supplémentaires liées à ses apparitions publiques, contrats publicitaires et autres activités. Tout cela, mis bout à bout, représente environ 100 000 dollars par saison.
Wilt met du temps à se décider. Ce qui laisse à Dolph Schayes le temps de continuer de le critiquer avec véhémence. Pour lui, la NBA peut se développer sans Wilt Chamberlain. Il doit comprendre que la NBA a moins besoin de lui qu'il n'a besoin d'elle. Cependant, ce sont ses proches et les fans qui le poussent à revenir sur sa décision.
« Après en avoir discuté avec les responsables de mon église, avec ma famille et avec ma mère, j'ai réalisé que cette décision était plus importante que moi seul. Tout le monde pensait qu'il valait mieux pour moi, et que je pouvais faire davantage de bien à ma communauté, en continuant à jouer plutôt qu'en prenant ma retraite. Même cet été, en Europe, j'ai été surpris par le nombre de personnes qui m'ont demandé de continuer. »
Wilt dit avoir reçu des milliers de lettres lui demandant de rester en NBA. Il demeure compliqué de savoir si sa motivation vient de ces témoignages d'amour ou du contrat qui fait de lui le basketteur le mieux payé de l'histoire. C'est sans doute un peu des deux. Néanmoins, cela a le mérite de satisfaire les Warriors et leur propriétaire, qui doit bien mieux respirer à la suite de cette annonce. Wilt Chamberlain poursuit sa carrière et tout semble indiquer qu'il est parti pour marquer l'histoire de ce sport grâce notamment à des statistiques hors du commun.
La saison rookie de Wilt Chamberlain n'a pas encore livré tous ses secrets. Pour aller plus loin, je vous invite à vous abonner à la newsletter afin de recevoir le prochain épisode de Context. Dans ce format, il sera question de statistiques. Et ça, Wilt sait faire. Mais la vraie question est de savoir si nous savons vraiment les regarder. Ensemble, nous tenterons de comprendre ce que racontent réellement les chiffres de cette saison 1960… et pourquoi ils ont contribué à faire de Wilt Chamberlain le plus grand mythe statistique de l'histoire de la NBA.