Elgin Baylor, la nouvelle Superstar des Lakers

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Elgin Baylor, la nouvelle Superstar des Lakers

Si la légende de Bill Russell, Sam Jones ou encore John Havlicek s’est construite par la victoire, il n’en est pas de même pour Jerry West et Elgin Baylor. Les Lakers sont chaque année parmi les favoris, mais les échecs se multiplient. Ils deviennent les perdants magnifiques de l’ère du Run and Gun, avant d’atteindre enfin leur but. La Quête, c’est le nouveau format qui raconte ce chemin long et laborieux qui commence en 1958 du côté de Minneapolis.

Une Franchise en Danger

Avec cinq titres remportés entre 1948 et 1954, les Minneapolis Lakers sont la première dynastie de l'histoire de la ligue. Comme bien souvent, il est difficile pour une franchise de se reconstruire après avoir autant triomphé et, comme bien souvent, cela coïncide avec le départ à la retraite d’une légende. Depuis que George Mikan n'est plus là, les Lakers régressent de saison en saison jusqu'à toucher le fond en 1958.

Si Mikan n'est plus sous le panier pour dominer, on lui offre le poste d'entraîneur, mais ses résultats sont catastrophiques : seulement neuf victoires pour trente défaites. La magie du géant à lunettes a fait son temps. John Kundla retrouve le banc après avoir fait une pause d'un an mais il ne fait pas beaucoup mieux que son ancien pivot avec qui il a gagné cinq championnats. Les Lakers ne remportent que 19 matchs, perdent 100 000 dollars de recettes et plongent dans une crise qui menace leur avenir.

Pour ne rien arranger, les fans du Minnesota se désintéressent du basketball. Le public boude cette franchise en reconstruction, lui qui a été habitué à des années d'excellence. Pour l'instant, la seule chose qui permet aux Lakers de rester à Minneapolis une année supplémentaire est l’absence d’un repreneur. Les dirigeants de la NBA sont clairs avec le président des Lakers, Bob Short. Il faut vendre ou jouer une partie des matchs dans une autre ville.

Quand Boston, New York ou St. Louis arrivent à gagner entre 12 000 et 15 000 dollars par rencontre, Minneapolis n'en récolte que 3 500 dans les bons jours. La NBA insiste pour que la moitié des rencontres soient organisées ailleurs, mais c'est trop pour Short qui refuse catégoriquement. Il croit dur comme fer en Minneapolis qu'il voit revenir au sommet de la ligue. Son optimisme est sans faille et il a déjà le regard dirigé vers la prochaine draft. Ce qui le rend si enthousiaste c'est l'opportunité de sélectionner la star de l'université de Seattle et premier choix indiscutable de la prochaine cuvée, l'ailier Elgin Baylor.

« Notre première démarche est de recruter celui qui est notre premier choix de la draft nationale, et ce joueur est Elgin Baylor de Seattle. Il mesure 6 pieds 5 pouces [environ 1,95 m] et il est l'ailier [Short utilise de le terme de big forward] dont nous avons besoin.» _ Bob Short

Cependant, il y a un hic. Rien n’indique que Baylor est disposé à devenir un joueur de NBA. La probabilité qu’il reste une saison de plus dans le championnat universitaire n’est pas à négliger. C'est sans oublier ce trublion d’Abe Saperstein, propriétaire des Harlem Globetrotters, qui est prêt à sortir le chéquier pour s’octroyer ses services. Bob Short se rassure car il sait que Baylor souhaite se marier en juin. Selon lui, c’est une situation qui peut le pousser à devenir professionnel.

Tout le monde ne voit pas les choses avec autant de confiance. C’est le cas de Charles Johnson, un journaliste local qui est très critique envers les choix de Short. Johnson a pesé de tout son poids pour que les Lakers restent à Minneapolis alors qu’une vente était possible en 1957. Si Short a un statut de président des Lakers, c'est parce que la franchise est détenue par 117 actionnaires. Charles Johnson souhaite voir un vrai professionnel du basketball s’emparer des commandes du club, quelqu’un capable de prendre les bonnes décisions.

Elgin Baylor en compagnie de ses parents lors du NIT de mars 1957 au Madison Square Garden de New York. source : Associated Press

Dans un autre papier, Charles Johnson annonce que Baylor aurait choisit de rester en NCAA. L’Associated Press confirme la rumeur, mais le jour de la draft, Bob Short ne se démonte pas et sélectionne la pépite de Seattle.

« Tout ce que je peux dire, c’est que nous allons faire signer à Baylor un contrat avec Minneapolis. Peu importe ce qu’il dit aujourd’hui. Je vais le faire signer pour qu’il joue avec les Lakers la saison prochaine. »

Les Lakers se retrouvent alors dans le flou le plus total. Leur premier choix de draft dit rester à l’université, les finances font grise mine avec aucun repreneur à l’horizon. Il se pourrait même que la l'Auditorium de Minneapolis manque de disponibilité pour accueillir des matchs.

Pourtant, il se murmure qu'une ville est plus qu'intéressé par la franchise des Lakers. L’Ohio est une terre de basketball et Cleveland fait tout son possible pour obtenir une franchise de NBA. Cela laisse entrevoir une vente pour une somme comprise entre 200 000 et 225 000 dollars. Maurice Podoloff, président de la NBA, finit par démentir ce qui, l’espace d’un instant, a été plus qu’une simple rumeur. De son côté, Bob Short demeure droit dans ses bottes et il montre une confiance inébranlable.

« Chaque fois qu’on parle d’un changement de franchise, les projecteurs sont braqués sur nous. Moi, je braque les projecteurs sur quelqu’un d’autre. Nous sommes en activité à Minneapolis. Je n’ai rien entendu concernant un départ pour Cleveland et, tant que nous n’aurons pas reçu une offre concrète, nous resterons ici, tout comme les Lakers. Et autre chose : je vais faire signer Elgin Baylor, de Seattle. Il avait initialement refusé 15 000 dollars. Mais je connais ses besoins, sa situation et les conditions dans lesquelles il se trouve là-bas, et je vous le dis : je vais le faire signer. » _ Bob Short

Bob Short est un politicien et il sait parfaitement utiliser la langue de bois. Car en réalité les tractations avec un groupe de repreneurs de Cleveland dirigé par Bill Veeck, vont bon train. Si jamais Baylor décide de rester à Seattle, Short n’aura pas d’autre choix que de vendre. Finalement, la situation tourne à son avantage grâce à un certain Curtis Jackson.

De gauche à droite, Curtis Jackson l'oncle et le mentor d'Elgin Baylor, Bob Short, Elgin Baylor avec le numéro 34 et Cecil Newman un reporter local. source : St.Paul Recorder
De gauche à droite, Curtis Jackson l'oncle et le mentor d'Elgin Baylor, Bob Short, Elgin Baylor avec le numéro 34 et Cecil Newman un reporter local. source : St.Paul Recorder

La dernière fois que Bob Short a rencontré Elgin Baylor, le jeune talent annonçait vouloir continuer ses études. C'est pourquoi le dirigeant des Lakers n’en mène pas large lors de leur retrouvaille. Sauf qu’entre ces deux moments, le père et l’oncle de Baylor ont convaincu celui-ci de prendre au sérieux l’offre de Minneapolis.

« J’ai dit à Elgin qu’il était au sommet de sa carrière et que les Lakers avaient besoin de lui, qu’il était temps qu’il réfléchisse à l’argent. Puis, un jour, il a vu les choses comme moi et a compris : c’est pour cela que nous sommes ici. » — Curtis Jackson

Bob Short peut respirer, il n’a pas besoin de céder son équipe. La signature de Baylor pour un contrat record de 20 000 dollars vient de sauver la franchise de Minneapolis de la délocalisation.

On demande à Elgin de porter la tenue de l'équipe et de faire une petite démonstration de tirs pour faire plaisir à la presse. Le premier roule sur le cercle avant de sortir, mais les sept suivants sont rentrés avec une facilité déconcertante. Vern Mikkelsen, le vétéran star et capitaine des Lakers, est présent et se dit émerveillé par le charisme, l’assurance et la sincérité empreinte d’humilité de Baylor. La recrue a convaincu et son profil laisse rêveur, il a toute les qualités pour répondre aux besoins des Lakers.

Bob Short tout sourire aux côtés d'un Elgin Baylor qui est déjà considéré comme le sauveur des Lakers. source : Star Tribune
Bob Short tout sourire aux côtés d'un Elgin Baylor qui est déjà considéré comme le sauveur des Lakers. source : Star Tribune

Baylor Superstar

John Kundla, mythique entraîneur et quintuple champion NBA avec les Lakers, semble satisfait de son effectif. Il doit miser sur un groupe resserré de dix joueurs. C’est sans doute davantage une contrainte financière qu’un choix tactique, mais il apparaît très confiant avant le début de saison. Avec l’arrivée de Baylor, il obtient un rebondeur de talent, ce qui manquait cruellement à son équipe. Vern Mikkelsen est de la partie, lui qui a finalement décidé de ne pas tirer sa révérence. Larry Foust n’a pas pris trop de kilos pendant l’été et la plupart de ces joueurs ont bien travaillé pendant leurs vacances. Kundla croit en ses hommes et déclare qu’ils ne seront pas derniers du championnat comme l’an passé.

« Nous allons présenter une équipe enthousiaste et combative, avec beaucoup de véritable talent. Vous pouvez être certains qu’elle livrera une véritable bataille aux autres équipes de la National Basketball Association pour le titre de champion. Mais nous avons besoin de l’aide et du soutien de tous les fidèles supporters des Lakers. » _ John Kundla

Les premiers mois de la saison régulière lui donnent raison. Son collectif est capable de rivaliser avec n’importe qui. Cependant, il a ses limites, avec une défense friable et une attaque qui tourne essentiellement autour de son rookie. Lors de cette saison 1958-1959, il y a les Hawks, les Celtics et les autres. Si les Lakers sont loin d’être ridicules, on constate un écart important entre eux et les deux meilleures équipes de la ligue. Ils oscillent entre le très bon et le moyen et se montrent particulièrement réguliers dans l’irrégularité.

Elgin Baylor ne tarde pas à devenir une des principales attractions de la NBA. Normalement, le public est grisé par les passes aveugles des meneurs, les batailles au rebond ou les tirs lointains. L’ailier des Lakers leur apporte de la nouveauté avec son jeu aérien et sa capacité à fendre les défenses grâce à un savant mélange de puissance et de contrôle. Elgin Baylor n’a pas de spot favori, il exploite toutes les possibilités et score dans toutes les positions. Il fait l’unanimité auprès des fans, des journalistes et de ses adversaires. Il est pour beaucoup l'athlète le plus élégant à avoir foulé un terrain de basketball.

« Il possède cette capacité à rester suspendu dans les airs pendant quelques secondes avant de décider s’il va tirer ou passer » Cliff Hagan des St. Louis Hawks.
Dans la presse on tente de retranscrire à l'aide de montage photo, la sensation visuelle et la magnificence du jeu de Baylor. source : Star Tribune
Dans la presse on tente de retranscrire à l'aide de montage photo, la sensation visuelle et la magnificence du jeu de Baylor. source : Star Tribune

Elgin Baylor maîtrise les airs comme personne avant lui. Son style est unique et il force les coachs adverses à user de stratagèmes inhabituels. En effet, il se retrouve bien souvent gardé par un pivot, avec l’espoir de le couper du chemin qui mène au panier. Car s’il est un ailier gracieux, il est également puissant. Le terme n’existe pas encore, mais Elgin Baylor a toutes les caractéristiques d’un power forward. Son oncle, Curtis Jackson, le compare même à Maurice Stokes ou Jim Pollard et il est globalement perçu comme un joueur de ce profil. (On en reparlera bientôt dans un épisode de CONTEXT)

Bien qu’il soit de loin le meilleur marqueur des Lakers avec presque 25 points de moyenne, Elgin affirme que ce qu’il préfère, c’est le rebond. Le jeune Baylor est hyperactif dans la raquette, il n’est pas un shooteur à mi-distance prolifique. Il agresse ses adversaires, il attaque le cercle aussi bien de dos que de face , mais surtout, il implique ses partenaires. S'il est un scoreur, il n’est pas un soliste, c’est aussi pourquoi il est autant apprécié et respecté par ses équipiers. Du côté défensif, il a encore des failles, mais il est un athlète. Il saute sur tous les ballons et son timing lui permet de réussir quelques contres et de gêner ses opposants. Il harcèle, vole des ballons, dévie les passes et perturbe constamment le jeu offensif de l'équipe adverse. Elgin Baylor, c’est le basket total et, d’ores et déjà, l’un des joueurs les plus complets de la ligue.

Elgin Baylor dans ses œuvres. source : Star Tribune

L’impact de Baylor est immédiat et cela doit, en toute logique, aider les Minneapolis Lakers à remonter la pente. Cela, tant sur un plan sportif que financier. Malheureusement, les choses ne sont pas aussi simples. Bob Short est allé voir sa jeune recrue remporter le trophée de MVP du All-Star Game, mais sans grande conviction. Il vient de passer une journée avec les dirigeants de la NBA et ses collègues propriétaires, et les perspectives qui lui sont proposées ne l’enchantent guère.

« On nous met une certaine pression pour que nous déménagions à Chicago. Je pense que San Francisco est écarté, du moins pour le moment, et je dois penser à mes actionnaires. Je suppose que certains d’entre eux disent que Short est descendu là-bas pour nous vendre à bas prix. Eh bien, ce n’est pas du tout le cas. Frank Ryan, l’avocat des Lakers, et moi sommes ici pour défendre nos intérêts et assurer à la ligue que nous ne sommes pas des parents pauvres. En fait, je pense que nous avons fait nos preuves. Nous avons honoré toutes nos obligations financières. Nous ne sommes pas menacés parce qu’il reste encore une année dans l’accord ou dans les dispositions prévues. Mais comment pouvez-vous concilier cela avec le fait qu’il y a deux autres clubs dans une situation pire que la nôtre ? » _ Bob Short

On le voit, les ennuis de début de saison ne sont pas réglés, bien que les Lakers retrouvent des couleurs sur le parquet. Lors de cette réunion, un autre problème est posé sur la table. Car en ce mois de janvier 1959, Elgin Baylor est pris dans une controverse qui oblige la ligue à procéder à quelques ajustements.

Elgin Baylor en pleine discussion avec Bob Short. source : Star Tribune

Baylor refuse de jouer

16 janvier 1959, les Cincinnati Royals s’imposent face aux Minneapolis Lakers sur le score de 95 à 91. Cette rencontre a lieu dans la ville de Charleston, située en Virginie-Occidentale. C’est une défaite logique pour des Lakers qui doivent se passer d’Elgin Baylor, qui a décidé de ne pas prendre part au match.

Il sont trois Afro-Américains dans l’effectif de Minneapolis : Elgin Baylor, Ed Fleming et Boo Ellis. Lorsque les Lakers arrivent à Charleston, les trois joueurs se voient interdits l’accès à l'hôtel à cause de leur couleur de peau. Ce n’est pas la première fois que Baylor est victime de la ségrégation puisque, quelques semaines plus tôt, le même incident a eu lieu à Charlotte. C’est en compagnie de Bill Russell que le gîte lui est refusé par un tenancier raciste. Le pivot des Celtics et Baylor font part de leur colère dans la presse, mais cela ne semble avoir rien changé.

« Nous n’avons eu aucun problème lorsque nous avons joué à Houston et à Dallas parce que nous avons séjourné dans un hôtel noir à Houston et dans un établissement de Dallas qui accueillait aussi bien les noirs que les blancs. Nous avons dîné dans certains endroits qui n’étaient pas strictement ségrégués, mais nous étions disposés à le faire parce que nous ne voulons pas appliquer deux poids, deux mesures à cette équipe. » — Bob Short
Ed Fleming en compagnie de son entraîneur John Kundla. source : Star Tribune
Ed Fleming en compagnie de son entraîneur John Kundla. source : Star Tribune

Ed Fleming et Boo Ellis participent à ce match, mais Elgin Baylor affirme qu’il n’aurait jamais accepté de prendre part à la rencontre, même au prix de la totalité de son salaire annuel. Profondément bouleversé par l’événement, il ne se sent pas en état de jouer. Plus incroyable encore, on lui reproche ce choix. Bob Short se montre compréhensif et assure qu’il ne sanctionnera pas sa star. Mais sous couvert d’anonymat, l’un de ses coéquipiers se montre beaucoup moins indulgent.

« Il est très respecté dans cette équipe, mais je pense qu'il l'a laissé tomber en ne jouant pas. »

Quel est le coût de la dignité d’un homme en 1959 ? Apparemment, cela vaut moins qu’une défaite pour certains. Un sinistre personnage nommé H. Thomas Corrie, promoteur de l’American Business Club, envoie un message à Maurice Podoloff. Il lui demande de prendre des mesures disciplinaires contre Elgin Baylor et la franchise de Minneapolis pour avoir refusé de jouer alors que les Lakers savaient que la ségrégation était appliquée dans la ville. C’est vrai, les Lakers le savaient et cela compromet les possibilités de revenir se produire à Charleston. Peu importe, me direz-vous, mais cela représente un manque à gagner non négligeable pour une équipe sans cesse en manque d’argent.

Elgin Baylor devient une figure du combat contre les discriminations raciales et une pétition populaire de soutien à sa prise de position recueille plus de 50 000 signatures en seulement trois jours. C’est Tommy Tucker, propriétaire d’un établissement nommé le Playroom Café, qui est à l’origine de cette démarche. Il est également à la tête d’une organisation qui lutte pour un traitement équitable en dehors des terrains de sport. Tucker réussit à mobiliser des stars comme le champion des mi-lourds Archie Moore et son beau-frère qui n’est autre que le célèbre acteur Sidney Poitier.

« Nous pensons tous qu'il est regrettable que, dans ce pays, un joueur aussi remarquable que Baylor ait à subir de telles humiliations. Nous, ses supporters de Los Angeles, avons fait ce geste pour lui faire savoir que nous approuvons chaleureusement sa décision de ne pas jouer le match avec ses coéquipiers, en guise de protestation silencieuse. » — Tommy Tucker

Quand Bob Short discute de l’avenir de sa franchise pendant le All-Star Game, il est également question de la ségrégation subie par les joueurs noirs et de leur intégration. Le seul progrès véritablement réalisé par la ligue a été de stipuler que, lorsqu’une équipe reçoit une rencontre dans une autre ville, elle doit garantir à son adversaire que tous ses membres seront accueillis dans de bonnes conditions. C’est une réaction bien timide de la part de la NBA, et de nouveaux incidents ne tarderont pas à survenir.

The Big Short

La saison régulière se termine pour Minneapolis, qui affiche le deuxième meilleur bilan de la Western Division, avec 33 victoires pour 39 défaites. Elgin Baylor est l’artisan principal de ce succès, tant il a porté l’équipe sur ses épaules. John Kundla n’y va pas par quatre chemins. Pour lui, il est le joueur de première année le plus talentueux de l’histoire.

« Je ne peux pas lui apprendre grand-chose parce que ce n’est pas un joueur mécanique. C’est simplement un athlète naturel doté de réactions extraordinaires ; il réagit instinctivement à chaque situation qui se présente. Et c’est un formidable coéquipier. Baylor a la possibilité de devenir un joueur plus complet que Jim Pollard, la légende de Minneapolis. Mais il ne l’est pas encore. Cependant, ils se ressemblent à bien des égards. Ils possèdent tous les deux une formidable détente. C’est le rêve d’un entraîneur d’avoir dans son équipe un garçon du type de Baylor ou Pollard. » _ John Kundla

On peut se dire que ce sont les paroles d’un entraîneur en admiration devant son joueur vedette, mais le reste de la ligue est tout autant sous le charme, comme c'est le cas de son homologue des Celtics, Red Auerbach.

« Il est meilleur que Maurice Stokes. Stokes était formidable lorsqu’il est arrivé dans la ligue, mais je ne pense pas qu’il ait beaucoup progressé. Ce gamin [Baylor] semble avoir un petit quelque chose en plus. »

La belle saison des Lakers, malgré le cinquième bilan de la ligue (sur huit équipes), leur permet de réaliser un bénéfice inespéré de 30 000 dollars. Les recettes globales s’élèvent à un peu plus de 306 000 dollars, contre 174 000 l’année précédente. C'est grâce à une affluence d’environ 4 200 spectateurs, contre seulement 2 700 avant l’arrivée de Baylor. Même si les dettes ne sont pas totalement épongées, les finances du club sont désormais saines.

Elgin Baylor est élu en toute logique Rookie of the Year après avoir subjugué toute la NBA. source : Star Tribune
Elgin Baylor est élu en toute logique Rookie of the Year après avoir subjugué toute la NBA. source : Star Tribune

Bien sûr, ce retour en grâce est en grande partie dû aux talents de celui qui porte le numéro 34, puis 14 et enfin 22. En réalité, c’est aussi le fruit d’un travail de fond qui ne concerne pas uniquement ce qui se passe sur le terrain. Les prix des billets sont vu à la hausse, il est organisé bon nombre de rencontres dans d’autres villes et la franchise a investi dans des campagnes promotionnelles coûteuses, mais fructueuses.

Bob Short a déployé une énergie considérable pour que ses Lakers demeurent la vitrine de la cité de Minneapolis. Selon lui, cela permet aux gens de New York d’avoir une image de Minny autre que celle d'une ville avec des étables et des sacs de farines. Le nom des Lakers est souvent associé aux shows et aux paillettes de Los Angeles, c’est pourtant dans le froid de la région des Grands Lacs que commence le spectacle. Bob Short engage un certain Phil Jasen, une figure locale spécialiste de la communication qui apporte des idées neuves et une expérience solide de l'événementiel.

« Notre objectif était de faire en sorte que les gens aient envie de venir voir un match des Lakers. Nous devions proposer des matchs comme des spectacles, et pas seulement comme des événements sportifs, et nous avions besoin de faire davantage que simplement figurer dans les pages sportives pour y parvenir. » _ Bob Short.

C’est là que commence un festival d’animations en tout genre avec une mention spéciale pour les autres stars de cette saison 1959 : les Lakerettes. Ce groupe de jeunes filles du lycée de St. Louis Park enflamme le parquet lors des temps morts. Bien avant les Lakers Girls de Paula Abdul, la fraîcheur et l’enthousiasme des danseuses de Minneapolis conquièrent les fans et attirent le public.

Les Lakerettes sont une des plus fameuses et marquantes attractions proposées par les Lakers lors de la saison de 1959. source : Star Tribune
Les Lakerettes sont une des plus fameuses et marquantes attractions proposées par les Lakers lors de la saison de 1959. source : Star Tribune

Short parvient à obtenir des revenus considérables liés à des sponsors radios et d’autres pour des retransmissions à la télévision. Puis, au lieu de dépenser des sommes folles pour les déplacements de l’équipe, il achète un avion à crédit et souhaite le louer à la franchise de baseball pour rentrer dans ses frais. Le journaliste Charles Johnson voulait un pro du basketball pour gérer le club. Bob Short lui prouve qu’il est l’homme de la situation avec une multitude de choix judicieux, osés, mais surtout payants.

« Il existe une réelle chance de restaurer Minneapolis en tant que capitale mondiale du basket-ball professionnel. » _ Bob Short

Au mois de janvier, le bilan est mitigé, les finances sont encore instables et l’éventualité d’un déménagement plane au-dessus du club. En mars, les Lakers sont favoris pour accéder à la finale de division, les comptes sont sains et l’on est persuadé qu’un futur est possible dans le Minnesota. Les Lakers terminent la saison régulière avec un moral au beau fixe, de quoi aborder les playoffs avec sérénité.

L'Obstacle Detroit

Si les Minneapolis Lakers veulent affronter les St. Louis Hawks en finale de division, ils doivent se défaire des Detroit Pistons, orphelins de leur légende George Yardley. Le journaliste Tom Briere, du Star Tribune, décrit ce Game 1 comme une parodie de rencontre de basketball, arbitres et joueurs ayant tous passé une soirée pour le moins inhabituelle ensemble. Elgin Baylor n’a pas brillé avec seulement 14 points et un pauvre 2 sur 17 aux tirs. Briere déclare que la contre-performance de Baylor est due à son état de santé (sans plus de précision) et à la défense en « zone illégale » mise en place par les Pistons.

L'homme du match n’est pas entré sur le terrain lors de la première mi-temps, mais s’est montré décisif dans la seconde. Il s’agit de l’ailier Alex « Boo » Ellis, auteur de 11 points et 11 rebonds. Le pivot Larry Foust, qui affronte ses anciens partenaires, a également été précieux avec 17 points. Les Pistons n’ont jamais réussi à mener dans cette rencontre serrée et font les frais d’une adresse médiocre, avec seulement 31,5 % de réussite aux tirs. Les Lakers s’imposent 92 à 89.

Le rapport de force s’inverse dans le Game 2. Les Pistons sont insaisissables et finissent la rencontre avec un pourcentage de réussite de 45,5 % contre 32 % pour les Lakers. Hormis Slick Leonard, tous les joueurs de Minneapolis sont à côté de leurs pompes. C’est l’arrière Gene Shue qui place Detroit sur de bons rails avec un début de partie tonitruant ; il termine avec 32 points. Défaite de Minneapolis sur le score de 117 à 103.

Les Lakers sont en stress avant ce Game 3 décisif, mais ils se rassurent rapidement dans ce match à sens unique qui les voit s’imposer sur le score de 129 à 102. Les deux équipes sont adroites, mais à réussite égale, les Lakers sont une équipe bien supérieure aux Pistons. Elgin Baylor marque 30 points et prend 16 rebonds, bien aidé par Dick Garmaker et Slick Leonard. Le propriétaire des Pistons, Fred Zollner, estime que Detroit aurait pu tenir tête aux Hawks dans une série en six matchs, tout en reconnaissant qu’il n’aurait probablement pas été en mesure de les vaincre. Il ajoute qu’il ne voit pas les Lakers faire mieux, tant St. Louis lui semble supérieur.

Elgin Baylor, John Kundla et Bob "Slick" Leonard sont tout sourire après la victoire face aux Pistons. source : Star Tribune

La Surprise Lakers

Le Game 1 de ces finales de division entre les Minneapolis Lakers et les Saint Louis Hawks ne souffre d’aucun suspense. Les champions en titre dominent et s’imposent avec une facilité déconcertante sur le score de 124 à 90. Les Lakers affichent un pitoyable pourcentage de 29,8 % de réussite sur ce match, pour seulement 21 % lors de la première mi-temps. De leur côté, les Hawks déroulent avec un Cliff Hagan en grande forme qui score 40 points.

Le fait marquant de cette rencontre est la blessure du meneur de St. Louis, Slater Martin. Il se retrouve avec le genou droit bloqué à la suite d’un choc avec Ed Fleming. Il est transporté à l’hôpital, on constate qu’il n’y a pas de fracture, mais une luxation de la rotule supérieure. C’est un coup dur pour les Hawks. On se souvient que la signature de Martin fut l’élément clé du titre gagné en 1958, son absence peut tout changer.

Slater Martin à terre, c'est une mauvaise nouvelle pour les Hawks. source : St. Louis Post Dispatch

La réaction des Lakers ne se fait pas attendre : victoire 106 à 98. Elgin Baylor réussit son meilleur match depuis le début de ses playoffs avec 33 points et 15 rebonds, mais c’est surtout sa défense qui fait la différence. Il rend la vie dure à ceux que le journaliste Tom Briere surnomme le « Big Two », Cliff Hagan et Bob Pettit.

« J’ai simplement essayé de faire en sorte que Hagan se rapproche un peu plus de moi pour que son tir en suspension soit plus difficile à réussir. » _ Elgin Baylor

Cependant, ce qu’on retient de cette rencontre est l’altercation entre les deux intérieurs, Jim Krebs et Bob Pettit. C’est ce dernier qui passe sa frustration en envoyant un coup de coude en plein dans la tête de Krebs. Le pivot des Lakers se dirige vers sa compagne, qui lui tend un mouchoir pour éponger le sang qui coule de son nez. Bob Pettit revient vers lui, mais Krebs lui rend la monnaie de sa pièce avec un crochet du droit qui est le point de départ d’une bagarre générale.

Les deux joueurs écopent d’une faute technique et cet incident symbolise le sentiment d’impuissance des Hawks, frustrés par l’absence de leur meneur de jeu. Après avoir été humiliés lors du Game 1, les Lakers semblent avoir pris un avantage dans le jeu, mais également psychologique.

Bob Pettit et Jim Krebs en pleine bagarre, même l'arbitre sera blessé lors de cet échange musclé. source : St. Louis Post Dispatch
Bob Pettit et Jim Krebs en pleine bagarre, même l'arbitre sera blessé lors de cet échange musclé. source : St. Louis Post Dispatch

Alors qu’on les pensent affaiblis, les Hawks montrent qu’ils ont de la ressource avec une victoire 127 à 97. Contre toute attente, ils reprennent le contrôle de cette série. Il n’y a pas de bagarres dans ce match, mais des huées à l’attention d’Ed Fleming et Jim Krebs. Le public de St. Louis n’a pas pardonné leurs implications dans les faits de jeu des deux premières confrontations.

Bob Pettit frappe fort d’entrée, puis c’est au tour de Cliff Hagan de terminer le travail. Le premier fait un véritable récital avec 39 points, le second est toujours aussi efficace avec 29. Elgin Baylor passe un moment moins agréable. Il est complètement muselé par la défense des Lakers et ne parvient pas à déployer son jeu. Quand cela arrive, c’est toute l’attaque des Lakers qui bégaye. Il termine avec 15 points et 8 rebonds à 36 % de réussite.

Red Rocha n'a marqué que 4 points mais avec 16 rebonds il est l'illustration de la domination des intérieurs de St. Louis qui captent 81 ballons contre 46 pour les Lakers. source : St Louis Post Dispatch
Red Rocha n'a marqué que 4 points mais avec 16 rebonds il est l'illustration de la domination des intérieurs de St. Louis qui captent 81 ballons contre 46 pour les Lakers. source : St Louis Post Dispatch

Le Game 4 ne connaît pas d’incident majeur, mais la tension est à son comble. Après avoir fait parler les poings, Lakers et Hawks se livrent à la bataille des mots. Le match est remporté facilement par Minneapolis sur le score de 108 à 98, mais leurs adversaires se plaignent de leur comportement. Pour le coach de St. Louis, Ed Macauley, le problème est toujours le même. Si Minneapolis l’emporte, c’est grâce à une défense qui dépasse les limites de l’acceptable. Les Lakers jouent dur, trop durs. Mais cela ne choque pas Bob Leonard, qui rétorque simplement que c’est une série musclée.

S'il n'y a plus de bagarres, la série n'en reste pas moins tendue. source : The Minneapolis Star
S'il n'y a plus de bagarres, la série n'en reste pas moins tendue. source : The Minneapolis Star

John Kundla est formel, la victoire obtenue en prolongation lors du Game 5 est la plus palpitante de toute sa carrière. Son arrière titulaire, Dick Garmaker, s'enflamme et déclare que les Lakers peuvent aller au bout. Quant à Bob Leonard, il enfonce le clou en annonçant que son équipe terminera le boulot au prochain match. Par contre, Ed Macauley ne s’avoue pas vaincu.

« Bien sûr, nous sommes abattus après avoir perdu, mais les joueurs savent qu’ils peuvent faire mieux et ils ne sont pas prêts à concéder quoi que ce soit dans cette série. Demain, est un autre jour. »

C’est une nouvelle fois Boo Ellis qui est décisif dans cette rencontre grâce à une claquette à deux secondes de la fin du temps réglementaire qui amène le score à égalité, 90 partout. Dans les derniers instants de la prolongation, Bob Pettit réussit à inscrire deux points sur un tir à mi-distance pour les Hawks. Baylor répond par un long tir qui fait mouche. Puis Pettit, Hagan et Wilfong inscrivent leurs lancers francs, 97-97 avec 1 min 11 s à jouer.

Cliff Hagan commet une faute sur celui que Tom Briere appelle « le rookie du siècle ». Elgin Baylor ne se fait pas prier et rentre son lancer franc pour donner l’avantage à son équipe, 98 à 97, avec plus que 26 secondes à jouer au chronomètre. C’est là qu’entre en scène le vrai héros de ce match : Ed Fleming qui réalise deux interceptions et contre un tir de Win Wilfong sous le panier pour assurer la victoire des Lakers.

Les 10 000 spectateurs du Kiel Auditorium de St. Louis sont sous le choc. Parmi eux, Ben Kerner, qui reste de longues minutes complètement abasourdi par l’issue de cette rencontre. Cette victoire arrachée dans les dernières secondes fait mal, les Lakers mènent 3 à 2 et sont aux portes des finales NBA.

Avec sa réputation, on imagine bien l'état dans lequel se retrouve le pauvre Ben Kerner à la fin de cette rencontre. source : St Louis Globe Democrat

Cette finale de division est normalement celle du duel entre Elgin Baylor et Bob Pettit. En réalité, l’adversaire principal des Lakers se nomme Cliff Hagan. L’ailier des Hawks est d’une régularité sans faille, ce qui n’est pas le cas de Bob Pettit, qui peut connaître des trous d’air. Malheureusement pour St. Louis, le ballon n’est pas dans les mains de Hagan à la fin du décisif Game 6.

En effet, les Lakers ont mené tout le match, allant jusqu’à compter 15 points d’avance. Mais petit à petit, les Hawks refont leur retard et ils peuvent même égaliser sur un dernier tir. Ce n’est pas un des membres du Big Two qui tente sa chance. C’est Jack McMahon qui se retrouve avec tout le poids de la série sur ses épaules. Le pauvre ne rentre pas son shoot et c’est Boo Ellis qui bondit et se saisit du cuir afin de sécuriser la victoire des siens, 98 à 97.

Boo Ellis célébré en héros grâce à un rebond crucial dans les dernières seconde. source : Star Tribune
Boo Ellis célébré en héros grâce à un rebond crucial dans les dernières seconde. source : Star Tribune

Les 10 179 spectateurs de l’Auditorium explosent de joie. C’est un record d’affluence avec uniquement des places debout disponibles. Cette victoire, c’est aussi 12 000 dollars de plus dans les caisses des Lakers, ce qui fait dire à Bob Short que son équipe reste à Minneapolis : il n’y aura pas de délocalisation.

« J’allais de toute façon recommander que nous restions ici. Mais nous n’avons pas encore tenu de réunion du conseil d’administration. Désormais, bien sûr, la question d’un déménagement ne se pose plus. » _ Bob Short

Les Lakers annoncent qu’ils espèrent affronter les Syracuse Nationals en finale plutôt que les Boston Celtics. Cependant, du côté de Boston, on est très content de la qualification des Lakers. Minneapolis vient d’éliminer le champion en titre, la voie est grande ouverte pour la franchise du Massachusetts.

« Nous les avons battus 18 fois de suite pratiquement partout dans le pays » _ Bob Cousy.

La confiance du meneur celte est tempérée par la réaction des Hawks à la fin du Game 6. Car malgré les coups, les blessures et les prises de bec, les Lakers ont gagné le respect de leur adversaire. Avec beaucoup de classe, Ed Macauley dirige ses joueurs vers le vestiaire des Lakers pour les féliciter et leur souhaiter bonne chance pour la finale. Cliff Hagan déclare qu’il faut oublier toutes les défaites subies par Minneapolis face à Boston, car désormais, c’est une autre équipe.

Seul Ben Kerner, propriétaire des St. Louis Hawks, prenait les Lakers au sérieux avant le début de cette série. Il avait raison de le faire. _ Charles Johnson
Boo Ellis célébré en héros grâce à un rebond crucial dans les dernières seconde. source : Star Tribune
Personne n'aurait pu croire en la qualification en finale des Laker en début de saison. La joie n'en est que plus belle. source : Star Tribune

La Première Finale Lakers vs Celtics

Pour ce Game 1 des finales, les Lakers s’attendent à devoir gérer le duo infernal composé de Bob Cousy et Bill Sharman. Ils ont particulièrement fait souffrir Minneapolis lors de la saison, mais les pistoleros bostoniens sont en manque de réussite dans ce match. Quand c’est le cas, les Celtics s’en remettent aux talents de leur sixième homme, Frank Ramsey. Il est le joueur du match avec 29 points et il permet à Boston de s’imposer 118 à 115. Cependant, il n’est pas le seul à sortir du banc pour être décisif.

« Ramsey les a maintenus dans le match, et Jones l’a gagné pour eux » _ John Kundla

Sam Jones est en train de se faire un nom à Boston. Il a fait ses preuves en régulière et il affiche désormais 20 minutes de temps de jeu en moyenne. Surtout, il se montre déjà capable d’être déterminant dans les ultimes instants d’une rencontre. S'il ne marque que 12 points dans ce Game 1, tous ses paniers sont cruciaux et permettent de tenir Minneapolis à distance.

Elgin Baylor est très bon dans ce match avec 34 points et 11 rebonds, mais il est très bien défendu par un Frank Ramsey omniprésent des deux côtés du terrain qui le limite à trois points dans le quatrième quart-temps. Boston repart avec la victoire, mais ils ont découvert une équipe des Lakers bien plus compliqués à manœuvrer que prévu. Red Auerbach déclare que c’est un non-sens de croire que les Celtics remportent cette série en quatre rencontres.

« Les Lakers étaient coriaces. Nous avons dû nous battre pendant sept ou huit minutes, puis nous avons repris l’avantage. Je m’attends à ce qu’ils soient tout aussi difficiles demain. » _ Frank Ramsey
Elgin Baylor s'empare du ballon au nez et à la barbe de Jim Loscutoff de Boston. source : Star Tribune
Elgin Baylor s'empare du ballon au nez et à la barbe de Jim Loscutoff de Boston. source : Star Tribune

Le Game 2 est la rencontre du retour sur terre pour les Lakers. Les Celtics ont l’air bien trop fort pour eux. Boston a muselé Elgin Baylor qui n’inscrit que 13 points à 12 % de réussite. Bill Sharman a retrouvé son adresse et score 28 points, et Bob Cousy termine en triple double avec 21 points, 11 rebonds et 15 passes décisives. C’est un match à sens unique remporté facilement sur le score de 128 à 108. Cependant, Red Auerbach se refuse de condamner trop vite son adversaire.

« Peu m'importe si nous les avons battus 20 fois de suite [au cours des deux dernières saisons], a déclaré Auerbach. Aucun pronostic. Les Lakers sont une bonne équipe et je ne vais pas me relâcher avant que la série soit terminée. » _ Red Auerbach

Les choses ne s’arrangent pas pour Elgin Baylor lors du Game 3. Les Celtics déroulent en attaque avec un Bob Cousy toujours aussi percutant grâce à 23 points et 19 passes décisives, et un Bill Sharman chirurgical qui inscrit 20 points en 19 minutes. Cependant, c’est en défense que cette rencontre se gagne avec le travail de sape produit par Jim Loscutoff et Frank Ramsey sur la jeune star des Lakers qui doit se contenter de 14 points à 26 %.

Le moteur offensif de Minneapolis est grippé. Après avoir inscrit 34 points dans le Game 1, le voilà limité à 27 points en deux confrontations avec une adresse catastrophique. Alors une fois de plus, les Lakers tentent de durcir le match et les coups de coude pleuvent. Bill Russell doit recevoir des points de suture à la bouche, Frank Ramsey a une profonde coupure sous l’œil droit et Tom Heinsohn se retrouve avec un œil au beurre noir.

Cela n’a pas suffi et les Celtics s’imposent 123 à 110 sans trop de difficulté. Red Auerbach est complètement subjugué par la performance de Bob Cousy et il admet que son équipe pratique un jeu exceptionnel. La confiance est au maximum pour Boston et son meneur star veut en finir au plus vite.

« C'était le match que nous devions gagner, le grand test. Nous sommes désormais confiants à l'idée de réaliser le sweep, et je pense que les Lakers vont avoir beaucoup de mal à se remettre de ce match. Je doute qu'ils soient très heureux à l'idée de retourner à Boston s'ils gagnent. » _ Bob Cousy
Une salle deux ambiances. Les Lakers s'agacent à l'image de Vern Mikkelsen, quand les Celtics de Red Auerbach se montre confiant et déterminés. source : Star Tribune
Une salle deux ambiances. Les Lakers s'agacent à l'image de Vern Mikkelsen, quand les Celtics de Red Auerbach se montre confiant et déterminés. source : Star Tribune

Elgin Baylor parvient à se défaire de l’étau celte dans le Game 4 et marque 30 points. Cependant, la bascule de ce match se fait lorsqu’il rate un shoot facile en pénétration qui aurait pu offrir trois points d’avance aux Lakers à neuf minutes de la fin. Dans la foulée, le héros du jour Bill Sharman convertit un de ses nombreux tirs longues distances pour donner l’avantage à Boston 98 à 97. C’est à partir de là que les Celtics s’envolent pour mener de neuf points. Les Lakers sont vaillants, mais Bill Sharman continue son récital (29 points) et annihile tous les espoirs de ses opposants avec un dernier tir crucial à 2 min 40 s du terme. Victoire des Celtics qui remportent leur deuxième titre en trois saisons sur le score de 118 à 113.

Elgin Baylor (avec le numéro 34), en défense sur Tom Heinsohn particulièrement efficace et productif dans cette série avec 24.3 points de moyenne à 47% de réussite. source : Portland Press Herald
Elgin Baylor avec le numéro 34 car il a oublié son maillot avec le numéro 22 chez lui. source : Portland Press Herald

La dernière marche vers le titre était trop haute pour Minneapolis. Boston était trop fort pour les Lakers, mais ils viennent de réaliser un parcours qui a surpris toute la ligue et ses observateurs. Au début de la saison, l'équipe cherchait à survivre dans une ville qui se désintéressait d'elle. Au printemps, elle joue les finales NBA et semble avoir retrouvé son lustre d'antan.

L'autre grand contributeur de ce retour au sommet est John Kundla. Mais dès le lendemain de la défaite, il annonce qu'il quitte le poste d'entraîneur des Lakers pour devenir celui des Minnesota Gophers en NCAA. Une nouvelle qui n'enchante pas beaucoup Bob Short, qui sait que cette année de renaissance est aussi un écran de fumée. Il lui incombe de trouver un remplaçant capable de mener l'équipe avec autant de justesse dans un contexte qui s'annonce plus difficile.

Car si les Lakers jouent la finale, il est clair qu'ils ne sont pas la deuxième meilleure équipe de la ligue. Maintenant que John Kundla s'en va vers d'autres horizons et que Vern Mikkelsen semble se diriger vers une retraite bien méritée, il n'est même pas évident que Minneapolis soit dans le Top 4 du championnat. Boston et Syracuse sont clairement plus forts, St. Louis est meilleur si Slater Martin est en forme, et les Warriors attendent l'arrivée du géant Wilt Chamberlain, qui est destiné à tout casser sur son passage.

La saison 1959-1960 à venir s'annonce plus compliquée encore que celle qui vient de se terminer. De quoi maintenir le stress de Bob Short et des 117 actionnaires de la franchise à son paroxysme. C'est une conclusion injuste pour cette équipe qui reprend vie, mais qui avance toujours vers un avenir incertain.